Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 22:55

 

 

 

Lola

 

Film de Jacques Demy

 

Avec Anouk Aimé, Marc Michel, Jacques Harden, Alan Scott, Elina Labourdette

 

 

 La ressortie de  "Lola", en version restaurée, permet, longtemps après, de se coller à la fascination envoûtante de ce film, le premier et sans doute le meilleur de son auteur. Il permet surtout, derrière le charme immédiat qu’il exerce sur le spectateur, de prendre la mesure de ce qui fonde son originalité, pour en faire l’un des films les plus indémodables de la Nouvelle Vague.

 

 Lola est avant tout un film fait d’une hybridité qui ne se mesure sans doute pas au premier coup d’œil, tant la légèreté,  la grâce qui l’habite, s’offrent à nous de façon unie. Le caractère bien trempé de ses personnages principaux, les certitudes sur lesquelles ils naviguent (l’assurance d’être un raté pour Roland Cassard, l’attente obstinée du retour de Michel pour Lola), s’ils posent des psychologies inamovibles au départ, n’empêchent aucunement les effets de surprises, qui sont la nécessaire matière d'une fiction qui avance. Ainsi, la rencontre souriante de Lola avec Roland a la force d'une spontanéité qui va donner une orientation majeure au récit.

 

 Cette hybridation tient beaucoup à la forme même du film : constamment prêt à basculer, de la comédie à la mélancolie, du thriller au drame sentimental, du rire aux larmes. Son allure, mouvante comme de délicates vagues, est liée à la mobilité incessante de sa caméra, qui capte les mouvements des personnages, pris dans ce qui fait la force principale du film : l'art des croisements, cette façon souple - reflet d'une maîtrise de la mise en scène mais aussi génie de la légèreté - de faire avancer des personnages qui entretiennent entre eux des liens secrets, ou qui donnent la possibilité au spectateur d'opérer lui-même ces correspondances en identifiant les protagonistes pris dans ce flux.

 

 "Lola" est dédié à Max Ophuls : si la référence à "Lola Montès" vient à l'esprit, c'est beaucoup plus vers "La ronde" qu'il faut se tourner pour établir une influence patente. Là où la structure savante de "Lola Montès" repose sur l'éclatement d'une forme au départ statique (la position de Lola), "La ronde", tout entier en mouvements, en arabesques, brasse les conduites de ses personnages dans un tourbillon de croisements, de rencontres.

 

 Mais "Lola", aussi référentiel soit-il, est un film ancré dans la Nouvelle Vague, et entretient des connivences avec ses pairs, en particulier Jean-Luc Godard et "A bout de souffle" sorti quelques mois avant le tournage du film de Demy. Si le premier long de Godard est devenu célèbre, entre autres, par son utilisation de la musique de Martial Solal, "Lola" est tout autant investi par la matière musicale, mais là encore, sur un mode multiple : la musique est dans l'image (Lola en est l'incarnation) comme elle enrobe le film d'une nappe hétéroclite : Michel Legrand, Mozart, Beethoven, Bach y abondent.

 

 Outre sa référence à la comédie musicale américaine - que la présence de Frankie prolonge, comme Jean Seberg introduit dans "A bout de souffle" un autre accent - , "Lola" est de toute façon un film qui, dans son rythme, est guidé par la musique. On a envie de penser, qu'en retour, Godard s'en souviendra, notamment dans "Une femme est une femme", avec la musique de Michel Legrand.

 

 Si "Lola" donne de prime abord une impression de spontanéité de par le caractère enlevé des dialogues, il intègre une multiplicité de champs dans la conduite du récit. Le local (l'aspect biographique, lié à la représentation de Nantes et ses lieux emblématiques : le passage Pommeraye, la Cigale, qui a retrouvé sa splendeur d'antan) côtoie l'universel (le traumatisme de la guerre, la présence de soldats américains) ; une bourgeoise déchue (Mme Desnoyers) trouve son opposé (Michel, celui qui devient riche). On aurait pu pointer  un côté carnavalesque dans le film, si la savante réalisation de Demy ne lui donnait pas cette fluidité exemplaire.

 

 L'unité du film prend sa source dans un seul mot : rêve. Si cette dimension est le moteur narratif de bien des comédies américaines, il imprègne le film de Jacques Demy avec une constance étonnante : bien entendu, Lola rêve du retour de Michel, Roland Cassard rêve de partir, Mme Desnoyers rêve d'une rencontre avec Roland, Cécile rêve après ses premiers émois amoureux et part pour Cherbourg. Ici, c'est l'après-guerre qui place les personnages sur des rails d'idéalisation, sur un décrochage permanent de la réalité, quand dans les comédies américaines, la matière onirique visait à suppléer la présence de la guerre. Qu'un rêve s'accomplisse (celui de Lola) devient dès lors naturel. Vêtu de son costume blanc, tel un ange annonciateur, venu d'on ne sait quelle île improbable, Michel injecte un mélange d'irréalité et de trivialité (les propos échangés avec sa mère) lors de son apparition auprès de ses proches. Rien de tel qu'un rêve qui prenne pied dans la réalité.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche