Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 21:59

 

 

 

Poussière dans le vent

 

Film de Hou Hsiao-hsien

 

Avec Wang Chien-wen, Xin Shufen, Li Tianlu, Ko Lue-lin

 

 

 Sorti dans une version restaurée au même titre, il y a quelques mois, que "The terrorizers" d'Edward Yang, "Poussière dans le vent" éblouit d'emblée par sa splendeur visuelle. Mais avant d'être un film marquant de par son esthétique lumineuse, l'oeuvre du taïwanais rend compte d'un bond radical opéré dans son cinéma.

 

 Autant Hou Hsiao-hsien a pu mettre en avant, dans certaines interviews, le rôle déterminant des acteurs dans son évolution de cinéaste, autant ce qui frappe dans "Poussière dans le vent", c'est la mise en place d'un système esthétique qui va le porter au rang des plus grands cinéastes.  Le génie filmique de Hou Hsiao-hsien, repose avant tout, dans "Poussière dans le vent", sur une combinaison heureuse entre un souci unique du cadrage et une attention particulière portée à la présence des acteurs.

 

 Pourtant, dans sa manière de mettre en scène ses comédiens, Hou Hsiao-hsien se tient, narrativement sur un fil ténu. Entre Wan et Huen, deux amis d'enfance attirés l'un par l'autre, peu de mots sont échangés. D'une pudeur extrême, leur approche repose davantage sur la durée dans laquelle le cadre les enserre que sur une intensité émotionnelle. Les regards , signes discrets, participent d'une impression générale diffuse, où les corps sont tenus à distance - en cela, Hou Hsiao-hsien est l'anti Tsai Ming-liang, si soucieux de porter les corps à l'extrême de leur tension.

 

 Avec la durée lente dans laquelle s'insèrent les personnages, il n'y a pas pour autant de surplus de sens qui vient s'ajouter. Le titre du film, avant d'avoir un accent poétique, restitue parfaitement l'atmosphère dépeinte : volatile, incertain, frêle, évanescent. Troué au niveau du sens, "Poussière dans le vent" avance avec l'impression que les personnages sont une part du flux du temps. Certaines scènes étonnent, de par le peu de signification qui leur est attachée : un ami de Wan se retrouve subitement à l'hôpital. On sait qu'il s'est blessé, mais on ne connaîtra pas les raisons exactes de sa blessure.

 

 A l'inverse, lors d'une autre scène, Wan, pendant son service militaire, évoque en voix-off le départ en bateau d'une famille après avoir été prise en charge par les militaires. Mais voilà que cette évocation - dont on supposait qu'elle se suffisait à elle-même - est redoublée visuellement quelques secondes après, où la famille est réellement vue en bateau. La scène n'en est pas moins belle et semble dire que paroles et actes ne se contredisent pas ; qu'au contraire, l'image ou les mots, de par le temps qui leur est accordé, ont chacun leur espace d'épanouissement.

 

 L'échelle des plans marque la singularité filmique de "Poussière dans le vent" : les cadrages serrés, magnifiquement composés, intègrent les personnages dans une temporalité spécifique, mélange de fixité et de désir de mouvement - sans que cela passe par une opposition ville-campagne, le film est marqué par un désir de conquête. Bien des scènes de la campagne sont filmées à distance, comme si Hou Hsiao-Hsien voulait conférer à ce qui est filmé (paysages, personnages, enfants) une valeur d'éternité.

 

 On perçoit, dans le rythme du film, associé à la distance observée, une volonté de dédramatisation, d'inscrire chaque évènement dans une contingence donnée. On en arrive ainsi à l'ultime scène douloureuse du film (le mariage de Huen), simplement annoncé par une lettre lue maladroitement en voix-off. La peine de Wan est prise alors comme un élément de passage. Une poussière dans le vent.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche