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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 14:31

 

 

 

 

Genpin

 

Film documentaire de Naomi Kawase

 

 

 A l'heure où une rétrospective est consacrée à Naomi Kawase à la Cinémathèque, la sortie de "Genpin" accentue les allées et venues de la réalisatrice entre deux genres qu'on a tendance à séparer : le cinéma de fiction et le documentaire.

 

 "Genpin", catalogué documentaire, en ce que son sujet prend appui sur une réalité physique et historique identifiable, n'en distille pas moins son potentiel magique, dépassant d'emblée le cadre réaliste dans lequel il devrait s'inscrire.

 

 Se rappeler du précédent "Hanezu, l'esprit des montagnes" suffit à renforcer le refus de la dichotomie entre les deux genres chez la cinéaste japonaise : on se passionne autant dans "Hanezu" d'un parcours en vélo entre les rizières que du passage du temps signifié par l'éclosion d'oiseaux. La réalité physique, matérielle, vient border le fictionnel avec la même évidence qu'ici, dans "Genpin", la focalisation dans un cadre précis se pare d'une aura délirante.

 

 C'est tranquillement, avant que la surprise ne gagne le spectateur, que Naomi Kawase, installe les éléments qui vont contribuer à présenter les méthodes d'accouchement naturel du docteur Yoshimura. Il suffit de prendre une scène où ; lors d'une discussion, des femmes sont vues en arrière-plan en plein labeur : on croit alors qu'elles sont en train de nettoyer un mur. Plus tard, on comprendra : les mouvements qu'elles effectuent sont des préparations à l'accouchement. C'est que, dans la méthode Yoshimura, l'activité physique est encouragée, mieux, recommandée.

 

 Naomi Kawase filme les gestes les plus ahurissants avec sa manière particulière, presque au détour d'un mouvement de caméra. Voir ces femmes s'adonner à ces gestes étonnants consistant à couper du bois s'inscrit dans un processus filmique ... naturel, comme si, là encore, le réel d'un endroit reculé et l'irréel d'actes spectaculaires étaient mis sur le même plan. Plus étonnant encore est la présence d'enfants lors de l'accouchement de leur mère, comme si tout cela allait de soi, alors que l'on peut supposer que n'importe quelle japonaise pourrait trouver cela aussi surprenant qu'un occidental.

 

 "Genpin" n'est pas à proprement parler un portrait du docteur Yoshimura. Loin d'être au centre du film, ce sont les femmes gravitant autour de lui sur lesquelles Naomi Kawase braque sa caméra. La cinéaste prend le temps de tisser un parcours au cours duquel chacune se révèle. Il y a un souci de constituer une histoire en mouvement, comme pour celle qui est partie pour accoucher seule, sans son mari. La plus nerveuse des patientes, vraie pile électrique, s'avèrera celle qui effectuera l'accouchement le plus serein.

 

 Quant à Yoshimura, curieusement, il se révèlera principalement lors d'une séquence vers la fin, sorte de confidence en forme de psychodrame, où il s'accable de certaines tares. Par ce trait rapide, Kawase donne l'impression de figer l'homme qui, de toute façon, est en partance, voué à passer la main.  Un trait qui pourrait être perçu comme un dernier cliché avant disparition.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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