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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 21:32

 

 

 

 

In Another Country

 

Film de Hong Sang-soo

 

Avec Isabelle Huppert, Yu Jun-sang, Yumi Jung, Park Sook

 

 

 S'il y a, dans le cinéma d'Hong Sang-soo, une veine comique manifeste, "In Another Country" le prouve, mais avec encore plus d'évidence. Là où l'humour de ses précédents films - comme "The day he arrives" - était souvent déclenché par un dérapage lié à une absorption d'alcool, dans "In Another Country", l'appétit comique du cinéaste sud-coréen est plus ouvertement assumé.

 

 On trouve moins, dans ce film, de ce moteur essentiel, l'alcool, qui fait basculer une narration, rendant le comportement de ses personnages instable, alors même que peut s'y glisser une profonde mélancolie, sur fond d'inscription improbable dans le temps. "In Another Country" est plus léger, mais de cette légèreté dont le ressort principal, toujours renouvelé chez Hong Sang-soo, est son art consommé de la variation.

 

 Cette variation s'appuie ici sur une figure extérieure, démiurgique, aussi essentielle que passagère, en la personne d'une jeune femme qui donne corps par son imagination au récit gigogne. La très nette tripartition des sketches qui s'ensuit interrompt à un moment précis tout développement, tout enrichissement. Mais cela rend d'autant plus subtil les variations les plus infimes, en amenant notamment le spectateur à guetter, dans cette succession, la plus imperceptible modification. Il y a par exemple ce moment où la jeune tenancière accompagne Anne (Isabelle Huppert) en promenade par temps de pluie. Le déploiement de leur parapluie respectif se fait en même temps, créant un merveilleux moment impressionniste. Séquence répétée, avec variantes, mais qui signifie comment ce premier moment de grâce a imprégné nos rétines.

 

 C'est tout l’intérêt du film, en évacuant tout aspect dramatique, de faire jaillir les signaux les plus divers, concrets (bouteille échouée sur la plage, parapluie, téléphone portable)  et désincarnés (le phare, en premier lieu). Le phare, qui définit l'amorce des dialogues entre Anne et le maître nageur, devient l'élément moteur, totalement dénué de sens véritable. En définissant un horizon improbable - pure matière de rêverie vers laquelle est censé tendre Huppert - le film adopte, par sa répétitivité et ses variations, un chemin buissonnier.

 

 Tout devient dès lors prétexte à marivaudage, rencontres volatiles : on ne croit pas beaucoup à une histoire d'amour entre Huppert et son coréen d'âge mur. D'ailleurs, le dernier segment, qui la voit arriver seule, parce que trompée, coïncide beaucoup plus à cette évacuation de toute profondeur relationnelle. Prétexte pour capter les signes diffus, les contacts passagers, comme s'ils étaient pris dans une rêverie (Huppert se réveillant dans les bras du maître nageur, comme prisonnière).

 

 Est privilégiée dans "In Another Country" l'approche fugace, signifiée par les contacts entre Huppert et le maître nageur, incarné avec une jovialité contaminante par Yu Junsang, désormais familier de l'univers d'Hong Sang-soo. Comme le soupirant d'Isabelle Huppert dans le premier sketch - dont la femme attend un enfant -, on sent dans leur rencontre, fruit d'un hasard, l’impossibilité de toute relation si ce n'est sur un mode feutré. Dans une scène, quand elle le quitte, il se contente, hébété, de lui répondre avec un signe discret de la main. Pas de place vraiment dans le film pour un quelconque développement.

 

 Devant cette cécité relationnelle, où tout bute sur un hypothétique mouvement vers un phare, c'est la matière burlesque qui prend le pas sur le reste. Comme dans la meilleure période de ce genre, la primauté est accordée au corps : comiquement idéalisé pour le maître nageur surgissant des eaux ; de manière tâtonnante, hésitante, pour Isabelle Huppert. Sa prise en charge de l'espace, toujours appréhendée sur le mode de l'incertitude - lié à l'étrangeté du lieu - entraîne des déplacements particuliers. Frappe la manière dont elle marche, avec ses talons sur des cailloux, cherchant sa direction en parapluie. Du fait du maniement minimal de la langue anglaise par les principaux protagonistes, le hoquètement des dialogues se répercute sur une imprécision des mouvements, sur une multiplicité de gestes, à l'instar de ces personnages du pur burlesque, peinant à sortir du borborygme, et par là, à conquérir leur statut d'adulte.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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