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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 22:08

 

 

 

 

Mundane History

 

Film d'Anocha Suwichakornpong

 

Avec  Arkaney Cherkam, Paramej Noiam, Anchana Ponpitakthepkij

 

 

 Il faut pouvoir tourner un film en Thaïlande dans le sillage d'Apichatpong Weerasethakul. Pour Anocha Suwichakornpong, qui produit un premier long-métrage avec le cinéaste palmé à Cannes, il y a une filiation quasi obligée, que son premier long-métrage, "Mundane History" confirme.

 

 En effet, la tonalité de "'Mundane History" ne peut empêcher, dès l'abord, de renvoyer à l'esthétique de Weerasethakul : moyens modestes mis en œuvre, suspension du temps, raréfaction des dialogues, immobilité, étirement des moments. Dans cette fiction resserrée autour d'un nombre restreint de personnages, il y a prétexte à prendre son temps, du fait que le pire a déjà eu lieu (mort de la mère, départ du père, immobilisation d'Ake dans son lit, paralysé par un accident). Peu de sens se dévoile dans ce cinéma-là. Les explications sont dissoutes dans une économie de gestes, favorisant le primat des sensations.

 

 A cet égard, "Mundane History" palpite de bien d'autres choses que des dialogues : les sons y sont très prégnants, particulièrement les chants d'oiseaux. Ceux-ci réussissent à dresser une géographie à la fois intime (un cadre particulier est défini) tout autant qu'ils révèlent un espace lointain, propice à l'ouverture de l'imaginaire. C'est ce qu'il se passait dans "Oncle Boonmee", avec l'entrée naturelle dans le plan d'un fantôme.

 

 Dans le film d'Anocha Suwichakornpong, le mouvement est quasiment inverse, bien que le point de départ soit l'arrivée de Pun, un aide infirmier. Si sa présence aux côtés d'Ake entraîne d'imperceptibles changements, ils restent trop ténus pour bouleverser l'agencement des séquences. Quand par exemple Ake demande à Pun de rester dehors sous une pluie battante, la crainte de ce dernier de tomber malade ne se résout dans les séquences suivantes qu'en une toux qui ne préludera à aucun affaiblissement.

 

 Ce n'est donc pas tant dans les relations entre Ake et Pun que va s'opérer une modification dans "Mundane History" - les séquences ont un caractère trop isolé, fonctionnant par blocs de durée, pour que cela soit sensible - mais au plus profond d'Ake. Le basculement visuel a lieu dans un premier temps pour le spectateur, dans une perte de repère liée à un plan de quatre cabines que l'on reçoit comme une installation.

 

 C'est à un double mouvement désormais dans lequel le film s'engage : interne, quand Ake, les yeux fermés, donne l'impression de devenir aveugle, aiguisant ainsi sa vision intérieure ; externe, où l'univers se déplie alors comme une corolle avec cette première séquence sur l'astre. Cette ouverture de champ n'est pas sans avoir une résonance très contemporaine, évoquant "The tree of life", de Terence Mallick, mais loin de la dimension mystique du cinéaste américain.

 

 Pour autant, malgré ce déploiement d'images - jusqu'à une séquence vibrante en forme de superposition - le film retombe en quelque sorte sur ses pattes réalistes. C'est ainsi qu'en voyant Ake et Pun passer devant les étranges cabines, la réalité retrouve des marques précises. Mais c'est surtout le final, avec la scène d'accouchement, qui détonne, donnant à l'ensemble une ampleur insoupçonnée. Là, à la manière d'un Weerasethakul injectant dans ses films des éléments bouddhistes, Anocha Suwichakornpong met en avant la notion de cycle, de retour, inhérente à cette religion. Tout l’intérêt de ce cinéma  est de pouvoir, à partir de cette référence locale, emplir le champ de l'imaginaire du spectateur, abolissant ainsi les frontières les plus rigides.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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