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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 22:29

 

 

 

 

Camille Claudel,1915

 

Film de Bruno Dumont

 

Avec Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent, Robert Leroy, Emmanuel Kauffman

 

 

 Aux premières images de "Camille Claudel, 1915", le ton est donné : un couloir devant lequel se tient le corps immobile de Camille Claudel, interprétée par Juliette Binoche. Puis intervient une infirmière qui l'interpelle afin qu'elle gagne la salle à manger. Dans ce plan initial, beaucoup de choses sont signifiées par les seuls moyens du cinéma : un être en décalage total avec un environnement hospitalier, psychiatrique, qui cherche, par son isolement, à se ménager un espace intime, en se démarquant des autres patients.

 

 Tout le film s'organise autour de cette volonté de Camille de se constituer un espace à elle. Entre rejet explicite de l'autre (elle repousse violemment une pensionnaire attachée à elle), et tentative d'isolement, sa présence dans le plan se signale par cette tension des rapports entre elle et les autres, même si elle est souvent interpellée, de manière bienveillante, par les infirmières.

 

 Paradoxe d'un équilibre du plan où un corps se tient en plein centre, comme pour marquer une souveraineté spatiale, mais qui tout autant lutte contre une aspiration à l'engloutissement, par son refus d'assimiler son statut à celui des autres. Ecart renforcé, plus explicitement, par l'exceptionnelle permission que Camille Claudel a de pouvoir se préparer ses repas seule.

 

 L'empathie du cinéaste pour son personnage sera - à rebours de cette ouverture, et à mesure que la fiction (ténue) avance - de coller à ses déplacements, tout autant qu'à l'expression de ses douloureuses émotions. Il y a en particulier ce long monologue en plan fixe alors qu'elle est assise en face du médecin. Dans sa façon de n'opérer aucune coupe dans le plan, Dumont montre à quel point il laisse libre cours à une forme d'expansion frisant l'inconfort.

 

 Pour un cinéaste comme Bruno Dumont, si peu perméable aux acteurs professionnels, faire jouer Juliette Binoche relève d'une vraie gageure. Le choix s'avère d'autant plus pertinent qu'il renforce l'écart entre une actrice renommée et des vrais malades d'un établissement psychiatrique. Par les nombreux gros plans sur son visage, les pleurs que Dumont ne nous épargne pas (du lacrymal hors de tout contexte dramaturgique), Juliette Binoche fait du film une sorte de lamento, où l'étendue des émotions exprimées n'a d'égal que le temps dilué qui lui est accordé.

 

 Articulé, dans sa ténuité, autour de la notion d'attente (celle de Paul Claudel, le frère mystique), "Camille Claudel, 1915", arrive à imposer le poids de la présence et de l'immédiat avec un rare sens de l'économie. Qu'un décrochage s'opère avec l'ouverture vers l'extérieur et la partie consacrée à Paul Claudel, c'est encore une manière d'affirmer chez Dumont que le récit fonctionne en deux blocs distincts, mais qui ne se rejoignent - par l'entremise du frère et de la sœur - que pour marquer une irréconciliabilité. Choc entre  le vécu immédiat, régressif de l'univers de Camille, et l'élévation, la dimension éthérée représentée par son frère, tension si présente dans l'univers de Bruno Dumont.

 

 A lui (Paul) l'espace et l'amplitude de la présence - c'est lui qui l'attend, lors de leur rencontre, trônant dans une grande salle -, à elle le décalage, les soubresauts liés à une attente fébrile qui se mue en déception. Tout est signifié dans ses retrouvailles contrites, qui ne laissent les êtres que dans le repli de leur singularité.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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