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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 22:17

 

 

 

 

Free Angela, and all political prisoners

 

Film de Shola Lynch

 

Avec Angela Davis

 

 

 Elle avait a priori tout pour mal finir. Comparée à des icônes de la contestation (Martin Luther King, Malcom X), toutes assassinées, elle en rajoutait encore dans la galerie des "tares" destinées à la condamner : femme, noire, communiste, activiste. Et pourtant, elle est encore là, Angela Davis et, constamment, on est amené à se demander comment cela est possible.

 

 L'une des réponses possibles tient sans doute à la question de l'image. Et peut-être que la scène d'archive la plus emblématique du film de Shola Lynch, révélatrice de la position sociale d'Angela Davis, est celle où, pour la première fois, elle donne un cours à l'université devant deux mille personnes. Pour cette jeune femme éduquée, issue d'une famille bourgeoise, la notoriété va d'emblée de pair avec une identité visuelle. En tout cas, c'est ce que veut renvoyer Shola Lynch, et qui transparaît tout le long de ce documentaire.

 

 C'est ce qui étonne le plus dans "Free Angela" : cette abondance d'images d'archives qui, très tôt, permet de dresser une trajectoire, d'en suivre les linéaments. Dans une scène, à l'université, Shola Lynch se permet de montrer la même séquence spatio-temporelle non seulement sous des angles différents, mais une fois en noir et blanc, une fois en couleurs. Autant dire qu'il y a de la matière filmique, ne serait-ce que pour constituer une simple séquence. Cela permet de mettre en œuvre une qualité de montage conférant au film une rythmique impeccable.

 

 C'est ce rapport à l'image qui a prévalu dans les années soixante, au point de jouer un rôle déterminant dans la représentation collective concernant l'implication des États-Unis dans la guerre du Vietnam. On se doute bien qu'ici, Angela Davis n'a pas été autant filmée pour sa superbe coiffure afro, ni pour des faits d'arme particulier - en quoi être militante justifierait d'être autant placée sous les feux d'une caméra ? -, mais parce qu'en elle se cristallisaient les nombreux points de tension énoncés plus haut, concentrés dans la notion de subversion.

 

 Il faut reconnaître à Shola Lynch, en resserrant cette hagiographie sur l'épisode des frères de Soledad, le désir de créer une vibration humaine différente chez Angela Davis. Épaulée en cela par Davis elle-même, commentatrice de son parcours, Shola Lynch met l'accent sur sa relation avec George Jackson. Une façon de romancer une trajectoire qui, si elle est légitime - puisqu'elle s'inscrit dans le flux du dramatique épisode de la prise d'otages, moteur de la bascule menant à la traque d'Angela - amène la réalisatrice à s'écarter de l'exploitation des archives. Cela donne quelques scènes reconstituées, certes rares, mais témoignant d'une volonté un peu trop affichée de remplir les trous relatifs à l'attrait d'Angela pour George Jackson.

 

 Sur ce prisme, Shola Lynch a choisi, dès le départ, de fonder la polarisation de son sujet sur un moment traumatique : la mort des fuyards, qui va orienter l’intérêt d'Angela Davis. Les séquences en question seront répétées ; leitmotiv visuel qui permet à Shola Lynch de circonscrire un peu plus une étape décisive de la vie d'Angela Davis, en accentuant sa portée tragique. C'est sa manière à elle d'éviter le film biographique fondé sur une continuité historique. La présence vivante d'Angela Davis est au fond une manière d'assurer la suture temporelle entre la polarisation sur un épisode précis de sa vie et les traces mémorielles liées au récit fait au présent. C'est ce battement, sous forme elliptique, qui rend le film si dynamique. Et ça, c'est déjà précieux.

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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