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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 23:02

 

 

 

Une scène du film français et espagnol d'Albert Serra, "Histoire de ma mort" ("Historia de la meva mort").

 

 

Histoire de ma mort

 

Film d'Albert Serra

 

Avec Vicenç Altaió, Lluís Serrat, Noelia Rodenas, Clara Visa, Montse Triola, Eliseu Huertas

 

 

 Pour qui a eu l'occasion d'assister au centre Pompidou à l'avant première de "Histoire de ma mort", il y avait matière à passer par des impressions radicalement opposées. La présence d'Albert Serra, venu présenter son film, apportait son lot de réjouissances : l'homme, doté d'humour, se mettait littéralement en scène, racontant des anecdotes à un public réjoui. Toute cette légèreté était de bonne augure avant la vision de son film, couronné d'un Léopard d'Or au dernier Festival de Locarno. Une mise en condition destinée peut-être à nous faire avaler les 2h28 du film.

 

 Autant dire d'emblée que "Histoire de ma mort" est loin de la verve histrionique d'Albert Serra. S'il y a de l'humour dans ce film exigeant, c'est un humour dilaté, disséminé dans le film de manière à ce qu'on n'en voit pas les contours. On passe en effet beaucoup de temps à se demander par quel bout prendre ce film difficile, vrai défi à la patience et à la faculté de compréhension du spectateur. Au départ il y a pourtant matière à trouver le sujet excitant : inscrire dans le même film ni plus ni moins que les figures de Casanova et de Dracula. Albert Serra se prête également au jeu de la représentation historique, afin d'asseoir son histoire dans un écrin réaliste : comédiens revêtant des costumes d'époque, meubles du même acabit.

 

 Les dialogues, manifestement, ne sont pas le fort d'Albert Serra : si on parle dans le film, c'est surtout pour livrer quelques réflexions denses sur l'existence, manière de se coller à la posture de Casanova qui a écrit "Histoire de ma vie", et dont le titre du film de Serra ne serait qu'un hommage en forme de pied de nez. A vrai dire, "Histoire de ma mort" est surtout un film de sensations : les mots laissent peu à peu la place à des situations extrêmement saugrenues, bien souvent appuyés par une bande son très travaillée. Cette démarche culmine dans les scènes, au début, où, après s'être gavé de fruits craquant sous la dent - on dirait des grenades -, Casanova, fortement constipé, se met à déféquer péniblement dans un pot. On taira ici la résolution de la séquence, pure bouffonnerie ou moquerie gigantesque.

 

 S'il est un film de sensations, "Histoire de ma mort" est aussi, plus subtilement, un film de contamination ; non pas la contamination liée à la présence d'une figure précise (Dracula), mais celle, essentiellement esthétique, où on entremêle les postures : voir l'acteur jouant Casanova mâcher interminablement et bruyamment ses fruits valorise à ce point l'aspect buccal qu'il pourrait tout aussi bien être le monstre des Carpates. Là où l'on s'attendrait à voir Dracula faire couler un peu de sang de jeune femme (si Serra acceptait de jouer stricto sensu la mythologie du personnage), c'est la main glissée sous la jupe de l'une d'elle, et ressortant souillée, qui parachève une simple correspondance.

 

 Ainsi, en s'emparant de ces deux figures éminentes, Serra suggère plus qu'il ne prend à bras le corps leur potentialité fictionnelle - cela a déjà été tellement fait. Il faut envisager son film comme une simple rêverie, qui tourne autour de personnages cantonnés dans une inaction radicale. Exigeant donc, compte tenu de sa durée, "Histoire de ma mort" refuse tout spectaculaire (quoique, un bœuf qu'on dépèce, en soi, c'est spectaculaire), mais il incombe au spectateur de combler par son imaginaire les petites touches éparses livrées machinalement devant ses yeux.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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