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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 22:37

 

 

Photo : Ce soir (mercredi) à Toulouse, cinéma ABC, projection d'A CIEL OUVERT en présence de Véronique Mariage, directrice thérapeutique au Courtil. A 21h00

 

 

A ciel ouvert

 

Documentaire de Mariana Otero

 

 

 Il y a plusieurs mouvements dans "A ciel ouvert", de Mariana Otero, qui en expliquent certainement la longueur (près de deux heures). Mouvements de découverte, mouvements théoriques fondés sur la parole des thérapeutes qui amènent progressivement à jeter une lueur différente sur des enfants en souffrance psychique. Ces mouvements, loin de se succéder de manière implacable et maîtrisée, livrent au contraire le caractère flottant du documentaire de Mariana Otero. Il s'agit de louvoyer d'une zone à une autre, à l'instar de la caméra, à la présence très palpable.

 

 Cette présence de la caméra frappe de prime abord par les regards incessants qui se portent vers elle. Pas de possibilité d'envisager une distance dans la manière de filmer, ni même une quelconque neutralité. La réalisatrice est elle-même interpellée à plusieurs reprises dans le film par son prénom. C'est dire qu'il y a une très forte supposition, dans cette familiarité, d'une connaissance intime qui s'est faite au long cours entre elle et les différents protagonistes du film. Ce n'est pas une caméra extérieure, puisqu'elle se confond littéralement avec Mariana Otero qui, à certains moments, accompagne des enfants : courant derrière Alysson, prise d'une sorte d'ivresse, ou se laissant embarquer par Evanne dans son ivresse giratoire.

 

 Corps-caméra qui induit une proximité par rapport à un espace singulier. C'est sans doute la première surprise de ce film que d'installer, dans ses premiers instants, cette impression d’ordinaire de la présence, de familiarité, alors qu'à mesure qu'avance le film on se rend compte de l'énorme problématique à laquelle sont confrontés ces enfants, liée à leur douloureuse appréhension du monde ou de leur corps. C'est l'intention louable de Mariana Otero que de mettre en avant une qualité d'accueil, visible à travers un certain nombre de séquences où les enfants l'invitent à les suivre. Il en est ainsi d'un leitmotiv visuel montrant le couloir conduisant aux chambres, qu'Otero filme à distance, comme pour respecter une intimité, alors qu'on aperçoit un enfant, au fond, qui l'observe, à la lisière de la porte, attendant qu'elle s'approche un peu plus.

 

 Jeu d'accueil et de cache-cache révélant la plasticité de ces enfants malgré leur difficulté avérée (devant la caméra, on peut aussi bien danser que faire un doigt d'honneur, forme d'extériorisation plus brute). Mariana Otero cherche, dans la construction de son documentaire, à souligner cet aspect, avant de laisser la place à la parole savante des intervenants.

 

 On aurait pu craindre que les explications de plus en plus fournies plombent la spontanéité liée à la familiarité tissée jusque-là. Mais ces mots savants (différenciation entre névrose et psychose dont les termes indiquent l'orientation lacanienne du lieu) ne sont qu'un pallier supplémentaire dans la compréhension de ces enfants. Explications qui, de toute façon, ne clôturent rien, mais laissent plutôt ouverte une sorte d'énigme autour de cette souffrance infantile.

 

 Deux scènes à cet égard sont emblématiques, vers la fin : lors de l'entretien, face à face, entre le garçon autiste d'une quinzaine d'années et le chef de l'établissement, le plus habile à théoriser, on a l'impression d'un dispositif écrasant, avec en plus toute une assistance autour, aussi bienveillante soit-elle. Un jeune homme cerné par le poids adulte de la synthèse savante. Mais, peu de temps après, au bord du canal, le même jeune homme effectue des sauts dont le contrôle témoigne d'une souplesse qu'on ne lui prêtait pas du tout auparavant.

 

 La difficulté patente des enfants (sensation de morcellement du corps, difficulté d'expression se traduisant par des cris, etc.) est souvent contrebalancée par des scènes de jubilation, notamment dans leur rapport à la nature : il en est ainsi d'Alysson qui, bien qu'effrayée par des grenouilles, tient un ver de terre à la main ou mange des feuilles. "A ciel ouvert", souvent touchant, mais jamais complaisant, en nous permettant de nous approcher au plus près de ces enfants, livre un regard d'une belle profondeur.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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