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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 12:44

 

 

 

Nihon Buyô

 

Avec Shimehiro Nishikawa, danse

 

Kazuhiko Nishigaki, chant ; Tomohisa Takahashi, shamisen ; Satoshi Yamaguchi, shamisen

 

 

 Rarement présenté sur les scènes parisiennes, le Nihon Buyô a d'autant plus de valeur que son émergence est liée originellement à une exclusion : elle faisait partie intégrante du théâtre kabuki jusqu'à ce que les femmes, qui la pratiquent, fassent l'objet d'un rejet, prétenduement pour cause de dévoiement de cet art. Le grand écrivain Ihara Saikaku (1642-1693), contemporain de ces phases, n'a pas manqué de nourrir ses romans de ces aspects socio-historiques.  Le kabuki, assez régulièrement joué à Paris, continue depuis à être représenté uniquement avec des hommes, ceux-ci jouant donc les rôles des femmes.

 

 En voyant apparaître sur scène Shimehiro Nishikawa (de son vrai nom Aya Sekoguchi), c'est plus qu'à une plongée dans l'histoire à laquelle on est renvoyé. Sa seule présence, dans son splendide kimono, avant de nous confronter à la question de la danse, laisse surgir des images d'ukiyo-e (litt. "Images du monde flottant"). D'ailleurs, la première danse, Fuji-musume (la fille à la glycine) est directement inspirée d'une estampe.

 

 Cette danse magnifique est servie par Shimehiro Nishikawa avec un mélange de hiératisme et d'abandon. C'est surtout par ses traits immuables – que ne masque pas la poudre blanche qui la recouvre – que l'on sent une sorte de noblesse presque distante. Pourtant, il y a vraiment dans cette danse une magnificence qui laisse percer une fragilité. Elle est essentiellement rendue par ces mouvements souples, une façon de dandiner, notamment par les torsions de la tête qui, à l'opposé du reste du corps, semble prendre une autre direction. Torsion physique jamais heurtée, qui installe une impression d'ivresse, de perte de contrôle. Il y a souvent le sentiment, dans certains déplacements accélérés du corps sur la scène, que celui-ci est emporté par un fil invisible, jusqu'à ce qu'il se repositionne et repart dans un déploiement d'une infinie délicatesse ; tout cela lié aux mouvements des mains et aux maniements d'éléments divers, essentiels dans cette danse (foulards, éventails, etc).

 

 Cette impression de délicatesse et de grâce est d'autant plus forte que le corps de la danseuse est pris dans un écrin vestimentaire étonnant. C'est ainsi qu'après un très long interlude, elle revient sur scène littéralement engoncée dans un superbe kimono à multiples couches, dont les pans transparents qui débordent évoquent autant d'élytres de magnifique coléoptère. Tout l'intérêt tient alors à la manière dont, à mesure que la danse progresse, elle s'allège pour arriver à une virtuosité culminant notamment dans le maniement d'une percussion (instaurant un dialogue avec les joueurs de shamisen) ou avec un subtil jeu des mains.

 

 Dans le long interlude qui a précédé la réapparition de Shimehiro Nishikawa, les musiciens ont fait part de leur qualité de virtuose, tant au niveau du chant que par l'utilisation du shamisen. Kazuhiko Nishigaki, le chanteur, se fendait, à certains moments, d'une percée dans les aigus étonnante dans ce style de chant, bien souvent serti d'une rondeur caverneuse. Quand aux deux joueurs de shamisen, ils ont fait merveille dans un dialogue tout en virtuosité technique, dépassant la tradition de pur accompagnement propre à ce style ancien. Cet instrument suit une évolution vraiment intéressante, se modernisant sans jamais se départir de sa source traditionnelle. Le public ne s'est pas trompé sur la qualité de ce spectacle, en applaudissant chaleureusement à la fin, arrachant ainsi à Shimehiro Nishikawa de lumineux sourires.

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