Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 18:24

 

                           Photo : Elisabeth Carecchio

 

 

Une année sans été

 

Pièce de Catherine Anne

 

Mise en scène de Joël Pommerat

 

Avec Carole Labouze, Franck Laisné, Laure Lefort, Garance Rivoal

 

 

 Il est d'autant plus intéressant, en tant que spectateur, de se confronter à la vision de "Une année sans été" qu'il s'agit de la première mise en scène par Joël Pommerat d'une pièce qu'il n'a pas écrite. Après "La réunification des deux Corées", pièce monstre qui, cette fois-ci, n'a pas fait l'unanimité dans sa réception critique – alors que "La grande et fabuleuse histoire du commerce" est considérée comme une pièce mineure – on attendait le virage de ce metteur en scène exceptionnel.

 

 On l'attendait d'autant plus que le fait même pour Pommerat d'écrire ses propres textes n'implique en rien une posture hautaine ou autarcique, ses textes étant souvent passés par le moule de la relation vivante aux acteurs, et susceptibles donc de modifications. "Une année sans été", la pièce de Catherine Anne, représente, selon ses propos, un moment déterminant dans sa carrière d'auteur puisque c'est sa découverte qui lui a fait prendre conscience du rôle d'auteur metteur en scène.

 

 Si on peut donc envisager l'adaptation de Pommerat comme un hommage à Catherine Anne, celle-ci se fait en toute modestie. Face à l'ampleur visuelle, imaginaire et scénique de l'univers du metteur en scène, "Une année sans été" frappe par sa clarté, à travers la volonté du metteur en scène de ne pas en faire trop, tout en donnant à voir, avec une nouvelle virginité, sa conception de la mise en scène. Ici, pas de torsion ou de réaménagement de la salle, pas de lumières savantes qui dessinent des contours oniriques propices à faire surgir des fantômes. Déception ? Non, car cette démarche confondante de sobriété laisse passer un sentiment de pureté de la mise en scène, et colle d'autant plus à ce travail nouveau avec de jeunes comédiens.

 

 Un carré lumineux en fond de scène, quelques bandes de lumière qui avancent : on peut dire que c'est tout. Cette fenêtre éclatante de blancheur, elle est propre à laisser l'imaginaire du spectateur s'ouvrir, vagabonder. On a beau ici parler encore d'un ailleurs (un frère mort dont la sœur sent la présence), on reste de plein pied accroché à un immédiat, quand bien même les "noirs" emblématiques qui découpent les scènes laissent penser que de l'étrange va surgir.

 

 Le texte de Catherine Anne, inspiré par la vie de Rainer Maria Rilke, met l'accent sur l'idéalisme d'aspirants écrivains qui lient l'accès à la réussite à la découverte d'autres territoires. L'initiation artistique est étroitement associée à la découverte de l'autre, de préférence articulée à une remise en cause de son propre espace. Ce désir de conquête n'est pas sans faire penser à l'univers de Balzac, notamment à "Illusions perdues", l'un de ses textes emblématiques. "Une année sans été", pièce des amours contrariées, contient de beaux moments, où son réalisme se pare de belles poussées poétiques, assorties de quelques points de vue distillés sur le monde qui ont valeur d'aphorisme. C'est particulièrement dans la bouche d'Anna (personnage aussi attentionnée qu'empreinte d'une amertume qui l'empêche de s'engager) qu'ils résonnent.

 

 C'est Garance Rivoal qui prête ses traits à ce beau personnage féminin avec une belle justesse, se coulant avec aisance dans ses particularités : accent allemand, maniement délicat de la langue française, réserve mêlée d'une certaine raideur. Entourée du jeu sensible des deux autres comédiennes, Carole Labouze et Laure Lefort, elle renforce l'univers féminin de la pièce, alors qu'en face, les figures masculines antithétiques sont marquées par la délicatesse un peu gauche de l'un face à la fougue envahissante de l'autre. C'est ainsi que "Une année sans été" a beau être une étape particulière dans le parcours de Joël Pommerat, elle n'en est pas moins un jalon passionnant.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche