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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 22:40

 

 

 

 

Drums and Digging

 

Pièce de Faustin Linyekula

 

Avec Faustin Linyekula, Papy Ebotani, Véronique Aka Kwadeba, Rosette Lemba, Yves Mwamba, Pasnas, Pasco Losanganya

 

 

 "C'est encore moi". C'est de cette façon - à la fois marque d'affirmation d'une présence nuancée d'une culpabilité sous-jacente à se manifester à nouveau - que commence "Drums and Digging", du moins après les premiers soubresauts chorégraphiques de Faustin Linyekula. Cette annonce place de prime abord le spectacle sous l'angle de la continuité, en utilisant le mode privilégié par le chorégraphe congolais : la narration.

 

 Par cette annonce, Linyekula pointe le travail auquel il se livre depuis plusieurs années, fondée sur une approche de son pays, déchiré par "des histoires de misère" qu'il se refuse cette fois à raconter. Dans l'un de ses précédents spectacles "Le cargo", où il était seul sur scène, il racontait déjà sa nostalgie d'un retour au pays natal sous l'angle de souvenirs liés à la danse. Ce thème nourrit à nouveau "Drums and Digging", à travers la présentation d'un ancien tambourinaire devenu pasteur et interdit d'exercice de la percussion.

 

 "Drums" (tambours) et "Digging" (creuser, se retrancher, fouiller dans le passé) : les deux termes concentrent avec un rare degré de pertinence les préoccupations essentielles de Faustin Linyekula, l'un relatif au plaisir de la fête et des cérémonies de village – ce pour quoi l'auteur opère un retour dans son pays -, et l'autre évoquant le douloureux thème de la guerre, des tranchées, lié donc à une notion de dégradation des conditions de l'existence au travers de conflits incessants. Les percussions, perçues comme des sonorités fondatrices, on les entendra beaucoup dans le spectacle, sur lesquelles Linyekula se livrera à une danse très proche des danses de cérémonie, précisément. Il y a beau y avoir chez lui un geste chorégraphique contemporain, fait de tension et de vivacité, on le sent toujours rattrapé par cette veine traditionnelle.

 

 Dans cette exploration, Faustin Linyekula s'est entouré de compères, qui sur scène se révèlent tout aussi bien chanteurs que conteurs ou danseurs. Il est même surprenant de voir deux soli d'hommes d'une très belle tenue chorégraphique – la souplesse se mêlant à une rondeur sensuelle – là où le corps de Linyekula, beaucoup plus mince, anguleux incite à quelque danse rugueuse. Ces présences accordées à des modalités d'exécution multiples donnent à "Drums and Digging" une tonalité polyphonique. Le récit individuel vient se frotter à des traces d'historicité, et il y a notamment un moment particulièrement fort où une comédienne (Véronique Aka Kwadeba, petite nièce de Mobutu), assise à côté d'une marionnette, se lance dans une histoire hybride mélangeant  l'histoire de son pays au conte d'Alice au pays des merveilles. Petit à petit, son récit se décline en ritournelle obsessionnelle, les noms défilant à toute vitesse comme un récital poétique pour littéralement se transformer en débordement digne d'une transe.

 

 On sent beaucoup chez Faustin Linyekula la volonté de proposer une danse qui ne réponde pas aux canons de la beauté chorégraphique occidentale. Ici, que la danse soit traditionnelle ou contemporaine, on la sent investie par des tensions liées au champ de l'histoire : c'est ainsi qu'on se déplace beaucoup, les bras ballants, comme un rituel destiné à cueillir (ou accueillir) des significations. On cherche un apaisement, à travers secousses, tremblements. Autant de déroute du corps amplifiée par les récits de chacun. A côté de ce travail sur le corps, Linyekula manifeste un désir de refondation des éléments d'une terre natale en s'adonnant, pendant le spectacle, à la reconstitution d'une sorte de cabane en bois. Aidé par ses camarades, la construction finale prend des airs d'installation au bout de laquelle pend un rideau. Construction comme inachevée, trouée, mais qui laisserait passer, (qui sait !) les vents de l'histoire et de l'espoir.

 

 Les chants participent également de cette œuvre totalisante. Une chanteuse nous gratifie ainsi de beaux morceaux, en forme de berceuse notamment, de sa voix ample et profonde. Elle permet au spectateur, derrière la gravité globale du propos, de trouver des espaces d'écoute à même de le plonger dans une douce rêverie.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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