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21 juin 2014 6 21 /06 /juin /2014 23:00

 

 

 

 

Bird people

 

Film de Pascale Ferran

 

Anaïs Demoustier, Josh Charles, Roschdy Zem

 

 

 La gêne ressentie devant "Bird people", c'est dès le prologue qu'elle s'installe : cette succession de monologues intérieurs qui, a priori, témoigne d'une volonté de s'approcher au plus près des individus, jette en fait un doute sur sa pertinence. Là où on pourrait envisager cette démarche comme un désir d'entrer en empathie avec un cortège de solitudes, c'est le sentiment d'une sorte de rapt qui prévaut : arracher des lambeaux d'impressions de personnes totalement inconnues (la plupart assez banals), qui plus est n'excédant pas l'espace de ce prologue.

 

 C'est toute la difficulté de ce film que de fonder son ambition (louable au départ) sur le portrait d'êtres plongés dans une solitude patente. Solitude d'Audrey (Anaïs Demoustier) qui, au téléphone, demande à son père qui pourrait vouloir parler à une femme de ménage dans un hôtel. Solitude d'un homme qui, en plus d'être un étranger rompu aux incessants déplacements, éloigné de sa femme et de son enfant, se retrouve comme coincé dans une chambre d'hôtel. On note l'évidence métaphorique de cet espace transitoire, dont la sensation d'enfermement est renforcée par cette fenêtre perpétuellement entrouverte, où fumer équivaut à trouver une bouffée d'air.

 

 La description de cet espace emblématique de l'entre-deux qu'est l'hôtel d'un aéroport renforce l'idée d'une incommunicabilité, et Pascale Ferran donne alors l'impression de vouloir s'inscrire dans les traces de certains cinéastes, chez qui la question de l'immobilité et du passage est prégnante : plus lointainement Antonioni, plus proche de nous Jarmusch. On pense à certains égards à "Lost in translation", de Sofia Coppola, concernant cet inappropriation d'un corps à un espace, inappropriation renforcée par les barrières du langage chez l'américain.

 

 Mais le changement de perspective radical opéré par Pascale Ferran avec la partie consacrée à l'oiseau, en faisant basculer le film vers une rêverie proche du conte, abandonne une fois de plus son sujet pour ne plus en faire qu'une pure dérive visuelle. Précédemment, le long dialogue entre Gary Newman et sa femme à travers un écran d'ordinateur, malgré son caractère profondément psychologique, avait le mérite de poser les bases d'une rupture accentuée par le paradoxe d'un monde perpétuellement connecté. Avec le décrochage "technologique" de l'oiseau, c'est tout simplement la question de la relation qui est évacuée dans le film. Les envolées du moineau ne sortant pas de la sphère de l'aéroport – même si les plans de survol, à être filmés la nuit, introduisent une atmosphère irréelle – il est difficile d'y voir une transfiguration de la réalité humaine, mais un flottement littéral au-dessus des thèmes abordés.

 

 Si la scène de rencontre entre le moineau et le peintre japonais a une sorte de charme propre au conte, elle révèle en même temps la posture "arty" de "Bird People" : c'est l'art qui devient visionnaire et toute autre approche ne peut que passer à côté d'une exacte compréhension de la réalité. C'est ainsi que cette scène s'oppose à celle où l'oiseau se pose sur une poubelle, à côté de Roschdy Zem discutant avec une collègue. Sa réaction à lui est de lui demander de déguerpir.

 

 Film de fracture et de division (entre la veine auteuriste et le conte populaire, entre la modestie d'un sujet et son ambition finale – tournage commencé en France et terminé longuement aux Etats-Unis), "Bird People" liquide sans coup férir son sujet en cours de route. Cette partie de pure ivresse planante, si on peut l'envisager comme une métaphore (une de plus) d'un récit qui cherche à se défaire des balises narratives trop bien marquées (soulignées par une voix off ô combien redondante), finit par laisser un drôle de sentiment : s'envoler pour finalement revenir au même point.   

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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