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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 21:46

 

 

 

 

Maps to the stars

 

Film de David Cronenberg

 

Avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, John Cusack, Robert Pattinson

 

 

 On entre dans "Maps to the stars" comme on sort de "Cosmopolis", avec une limousine, qui plus est avec le même acteur qui joue dans les deux films, le jeune Robert Pattinson. On s'en doute, cela tient moins de la part de Cronenberg d'une volonté de tisser une cohérence esthétique dans ses derniers films, que de créer un simple clin d'œil. Il y a par là peut-être un aveu à peine voilé venant du cinéaste canadien : les traces de reconnaissance servent moins à définir une zone précise que la possibilité de son éclatement.

 

 De fait "Maps to the stars" n'a que peu à voir avec "Cosmopolis", quand bien même Pattinson et sa limousine traceraient un lien visuel. Avec ces scènes se déroulant en grande partie dans une voiture, "Cosmopolis" prenait des allures d'installation, créant la sensation étrange d'une immobilité là même ou autour, il n'y avait qu'agitation. Lieu clos au milieu d'un monde en ébullition. "Maps to the stars", en configurant une géographie précise (l'univers d'Hollywood) se jette de plein pied dans la marmite acerbe, déployant une panoplie de personnages avec lesquels, de prime abord, le spectateur a du mal à entrer en empathie. Leur arrogance, leur suffisance, leur névrose, au lieu de créer une ouverture, les maintiennent dans un vase clos. C'est la matière profonde de ce film qui, de ses vertus d'entomologistes, isole des corps dans un espace pour mieux les voir s'agiter.

 

 La différence encore entre "Cosmopolis" et "Maps to the stars" tient au traitement des dialogues : loin d'être séduisants dans le premier, leur caractère souvent abscons, débités d'une voix lointaine et diaphane, contribuaient à jeter sur le film une aura étrange, aux confins du poétique. La trivialité patente des dialogues de "Maps to the stars" - cette façon de faire coller des êtres en perdition ou débordés par leur ambition à une frénésie langagière proche du vomissement – se double d'une dimension souvent explicative, à vrai dire psychologique, qui en évacue tout mystère.

 

 Cette approche de la levée des secrets de famille, marquée par le retour de la pyromane Agatha Weiss (Mia Wasikowska), fait de "Maps to the stars" l'un des films de Cronenberg les plus immédiatement émouvants. Grâce précisément à l'actrice qui, à côté du jeu hystérisé de Julianne Moore en Havana Segrand, propose quelque chose de plus subtil. Personnage fracturé, comme absente, dont la cicatrice serait comme un vestige soft du cinéma fantastique de Cronenberg, où primait la question de la transformation du corps. C'est encore avec le portrait singulier de l'enfant star Benjie Weiss, joué par Evan Bird, qu'un trouble lié au corps persiste encore : physique improbable, monstruosité du personnage, tiraillement entre l'état d'adolescence et la poussée inexorable dans le monde adulte. C'est dans cette visibilité-là des corps que "Maps to the stars" conserve une forme d'inquiétude salvatrice, bien plus que par un scénario apprêté.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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