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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 21:57

 

 

 

 

 

Ozoon

 

Spectacle de Josef Nadj

 

Avec Josef Nadj, Ivan Fatjo, Eric Fessenmeyer

 

 

 Le public progressivement disposé dans une salle circulaire - de celle qui, à la Halle de la Villette, peuvent favoriser une proximité avec le spectacle -, il n'y avait plus qu'à attendre, impatiemment l'entrée en scène de Josef Nadj et de ses compères, pour assister à "Ozoon", titre à l'étrangeté prometteuse, concernant l'univers du chorégraphe. Mais lorsqu'ils sont arrivés, ce n'était pas pour nous faire basculer derechef dans cet univers à l'empreinte si onirique, mais pour insuffler une charge d'actualité, liée à la question des intermittents.

 

 En arrivant sur la scène sans fracas mais plutôt avec cette espèce de nonchalance qui est la marque visible du chorégraphe, pour se partager une lecture, faire une mise aux points sur la question de l'intermittence ; danseurs, musiciens, mais aussi, bien sûr, techniciens. La chose faite, Nadj, presque désolé, de sa voix grave et traînante, demande au public cinq minutes supplémentaires afin qu'ils puissent se préparer. Pendant un instant, cette salle a pris une allure d'amphithéâtre, et l'on se serait presque attendu que des débats politiques effrénés s'y déroulent. Ce ne fut pas le cas.

 

 Les cinq minutes (et quelques) écoulées, le spectateur n'aura pas eu de mal à se détacher de la réalité vibrante pour s'immerger dans le champ du spectacle : quand les trois danseurs s'invitent sur la scène, c'est à la fois dans une puissance d'apparition et l'évidence d'une disparition. Pas des corps immédiatement identifiables, mais des gros bébés ensevelis dans un énorme costume, qui rend leur déplacement peu aisé. Il y a souvent chez Nadj cette part d'empêchement du corps, cette manière de le faire glisser dans une mouture, dans une intrication matérielle qui l'oblige à aller au-delà de lui-même. "Paso doble", conçu avec Miquel Barceló, est sans doute le spectacle où il a poussé le plus loin cette démarche.

 

 Mais la force de cette approche repose avant tout sur son étrangeté visuelle, et la dimension grotesque, régressive, qui l'accompagne. De voir ces corps dans leur lourd costume, comme ensevelis, appelle des impressions à la fois ludiques et inquiétantes, au croisement de la régression et de la culture. Ces corps qui s'avancent, maladroits et bouffons, tiennent dans la main des violons avec lesquels ils égrènent quelques notes improbables. Nous sommes comme plongés dans une sorte de rituel, dont on ne connaîtrait pas les règles.

 

 Une fois les danseurs (dont Nadj, que l'on reconnaît enfin) débarrassés de leur costume, l'étrangeté de "Ozoon" ne s'efface pas pour autant. Car la danse dans laquelle ils s'engagent, plus frénétique, plus hoquetante, ne vise en aucun cas une élégance esthétique. Elle contient cette dose d'animalité, de primitivisme qui, chez Nadj, renvoie beaucoup à une culture où se croisent le Kafka de la "Métaporphose" et l'univers de Tadeusz Kantor. Le spectacle, fruit de la collaboration de Josef Nadj avec l'écrivain Charles Freger, s'attelle à rendre compte de la figure de l'homme sauvage.

 

 Essentielle est, dans "Ozoon", la présence de la musique. Avec Akosh Szelevényi, accompagnateur attitré de Nadj, et de Gildas Etevenard, il y avait matière à porter la douce fureur de la pièce vers des contrées réjouissantes. Munis d'instruments aussi divers qu'improbables (des cithares sur table évoquant des instruments asiatiques, des vièles jouées à coup de archets grinçants, d'autres transformées en percussions), leur magnifique prestation a renforcé la charge cérémonielle du spectacle. Spectacle court (moins d'une heure), mais dont on est sortis la tête et les oreilles remplies de vibrations intenses.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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