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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 21:56

 

 

 

 

 

Detective Dee II : la légende du dragon des mers

 

Film de Tsui Hark

 

Avec Mark Chao, William Feng, Carina Lau, Feng Shaofeng, Angelababy

 

 

 Fort du succès – critique tout au moins – de "Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme", Tsui Hark revient donc sur la scène cinématographique avec un deuxième opus mettant en avant le charismatique personnage. On pourrait dès l'abord croire à une sorte d'opportunisme, voire de facilité dans ce choix, mais Tsui Hark n'est pas Zhang Yimou, qui a profité d'un certain succès du film de sabre, ni même Ang Lee, réalisateur de l'élégant "Tigre et Dragon". Le premier Détective Dee se soldait par une impossibilité tragique : la nécessité pour son héros de rester dans l'ombre. Impossible par là de tisser un après de cette œuvre, cloturée au fond.

 

 Unique possibilité, donc pour Tsui Hark : prendre à rebours l'accomplissement esthétique du premier opus pour livrer un avant (un prequel), en brossant la jeunesse de Dee. Mais cette jeunesse, loin d'être héroïque, hagiographique, ou simplement biographique, est présentée sous un angle décalé. Dans "Détective Dee II", le personnage auquel on faisait appel dans "Le mystère de la flamme fantôme" n'est plus le centre de l'intrigue. S'il est bien présent, c'est en étant souvent à côté de l'intrigue, dans un poste d'observation qui le fait découvrir les intrigues, aidé par une sorte de don. Un don qui ne renforce aucunement l'expérience. Le jeune Dee est beaucoup plus tendre, et Mark Chao, le comédien, paraît nettement plus terne.

 

 Le jeune Dee, qui plus est, est affublé – on le découvre plus tard – d'une faiblesse patente : il ne sait pas nager. Dur, dans une intrigue dont le cœur va vers un combat avec un dragon des mers. Manière de signifier l'incessant décalage du personnage avec les autres. Pas d'intrigue amoureuse pour lui : elle est du ressort de l'homme ayant subi une malédiction et de Yin, la courtisane. Pas même de position centrale dans les scènes de combat : elles sont principalement emmenées par Yuchi Zhenjin, le commissaire du Temple Suprême.

 

 Mais ce "Détective Dee", en laissant un peu en marge le personnage qui donne son nom au film, ne fait que renforcer la démarche de Tsui Hark, dont l'esthétique repose principalement sur un mouvement inaltérable. Mouvement qui n'est pas simplement lié à un régime d'action au fond banal dans les films de ce style, mais par son aspect profondément baroque. Toute action chez lui est prise dans une sorte d'enroulement et de transformation perpétuelle. Jamais de fixité au niveau des scènes de combat, mais plutôt des degrés : la succession des actions met souvent face à face des ennemis avec des forces différentes, comme si le mouvement de transformation des scènes conduisait à une amplification.

 

 Le rythme savant chez Tsui Hark fonctionne un peu comme un ouragan qui, dans son mouvement giratoire, emporte toute une série d'éléments pour amplifier sa progression. "Détective Dee II", en cela, est exemplaire, en livrant des paliers dans la répartition des forces, en l'occurrence du mal. En allant de l'amoureux ayant subi une malédiction au chef d'un clan avec lequel s'engage une bataille finale mémorable, on arrive au dragon des mers proprement dit, qui implique l'unification des forces sur les mers.

 

 Cette multiplication des formes, des identités, des intensités, si essentielles au cinéma de Tsui Hark, c'est jusque dans la texture de l'image qu'elle trouve une exaltation renouvelée. En usant de manière prononcée d'effets spéciaux numériques, Tsui Hark donne à son film des airs de cartoon où tout devient possible ; tout s'embrasse dans une sorte de précipité carnavalesque, allant jusqu'à interroger la nature des corps pris dans ce maëlstrom. Cette possibilité d'infinies capacités de transformation qu'offre le numérique participe d'une métaphorisation de la propriété des corps dans "La légende du dragon des mers".

 

 Entre les expérimentations pour faire retrouver à la "Bête" son enveloppe humaine d'antan, de la peur de la contamination par des vers, ou par l'ingestion de produits (voir la séquence de l'urine d'eunuque), "Détective Dee II" montre combien, à force d'imprimer au corps de tels bouleversements, il se charge de potentialités infinies ; tout comme les mailles des récits de Tsui Hark, qui n'en finissent pas de se tresser.

 

A lire aussi sur ce blog, la critique du premier volet :

http://attractions-visuelles.over-blog.com/article-detective-dee-feu-interieur-73807112.html

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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