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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 21:01

 

 

 

 

Dancing Grandmothers

 

Chorégraphie et scénographie de Eun-me Ahn

 

 

 Dans la grande salle du Théâtre de la Colline, en regardant distraitement les images défilant sur un grand écran dans le fond de la scène, une odeur s'élève. On croit d'abord à un impudent spectateur qui aurait entamé son kebab-frites, avant de se persuader, - alors que le spectacle a déjà commencé - que c'est sans doute des coulisses que provient ce fumet. Quelques instants après, alors que la jeune troupe de la chorégraphe coréenne entame sa prestation jubilatoire, il n'y a décidément plus de doute : les grand-mères, qui donnent leur titre au spectacle, avant d'apparaître sur scène, sont en train de se sustenter, prenant des forces avant leur parade nocturne.

 

 "Dancing grandmothers" est un spectacle a priori d'une simplicité lumineuse. Pour sa réapparition au Festival Paris Quartier d'Eté, Eun-me Ahn nous sert un cocktail décapant, qu'il serait pour autant injuste d'apprécier sous l'angle unique du divertissement. Car, dès l'entame de la pièce, accompagnée par une musique effrénée, c'est toute la question d'une origine culturelle précise qui est interrogée. Car derrière l'évidence de sonorités techno propres à évoquer des fêtes débridées, c'est tout un pan des traditions musicales coréennes qui est présenté. Eun-me Ahn puise dans les formes qui lui sont familières et, dans les déhanchements de ses danseuses et danseurs, on croit reconnaitre les mouvements typiques d'un genre comme le Samulnori, style basé sur les percussions, mais fortement marqué par des parties dansées.

 

 En évacuant précisément tout ce qui se rapproche de la musique traditionnelle au profit d'un ressassement techno, Eun-me Ahn arrive à transférer à ses danseurs une rythmique essentielle, faite d'accélération fulgurante, de tournoiements incessants, et d'une lenteur caractéristique rendue à travers les bras ballants : lents dodelinements du corps qui semblent évoquer un être qui, à l'issue de soubresauts, tombe dans une sorte d'épuisement à peine contrôlé.

 

 Il ne faudrait pas pour autant croire que, sous ses airs de spectacle au dynamisme contagieux, "Dancing Grandmothers" cède aux normes occidentales des soirées techno. L'intelligence de cette pièce repose sur un pont subtil établi entre l'Orient et l'Occident, à travers des références précises. Si la répétitivité obsessionnelle de la musique peut faire penser à certains opus de Steve Reich (dont le superbe "Different trains"), la chorégraphie de Eun-me Ahn puise, elle, dans les strates les plus profondes d'une culture coréenne originaire liée à la notion de fête et de cérémonie. C'est ainsi que les sauts et nombre de mouvements vrillés ne sont pas sans faire penser à certaines danses mongoles également fondées sur une inlassable répétitivité.

 

 Mais le coeur de ces références au passé, c'est bien évidemment avec l'invitation des grand-mères coréennes qu'il se manifeste de manière vivace. Avec l'intermède vidéo qui voit défiler toutes ces femmes dans les situations les plus quotidiennes, on comprend la pertinence de l'hommage de Eun-me Ahn. Désopilantes - notamment en raison de la stupéfaction des spectateurs homme -, les vidéos de ces grand-mères résument à elles seules l'hommage que la chorégraphe leur rend.

 

 Sans doute, dans la deuxième partie, l'intégration de ces femmes sur scène révèle une difficulté à retrouver la spontanéité réjouissante des vidéos. Cela n'atténue pas pour autant le plaisir de voir ensemble les jeunes et trépidants danseurs de la troupe évoluer avec ces grand-mères. Eun-me Ahn montre aussi sa capacité à donner à son spectacle une belle qualité plastique, avec une utilisation exceptionnelle des couleurs, notamment par l'incessant changement de vêtements de ses danseurs, accompagnés par les  rayons colorés des projecteurs. A la fin, en invitant le public à gagner la scène pour achever l'ivresse d'un moment de partage - là encore une tradition -, Eun-me Ahn nous fait définitivement basculer dans l'imprégnation la plus totale de son spectacle.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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electricite paris 14/02/2015 17:37

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

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