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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 18:06

 

 

 

  Le sacre du printemps

 

Par le collectif She She Pop

 

Sur la musique d'Igor Stravinsky
 

 

 Il fallait oser s’aventurer dans les pas de Nijinsky, Pina Bausch, Maurice Béjart et bien d’autres en s’attaquant à la puissance de frappe du Sacre de Stravinsky, scandale à sa création au Théâtre des Champs Elysées. Le collectif féminin  (et féministe) She She Pop s'y est attelé pour livrer une version qui flirte entre un caractère iconoclaste (portée par une bouffonnerie confinant à la naïveté) et de discrets hommages.

 Car, à la suite de "Schubladen" présentée récemment au Théâtre de la Ville - les Abbesses, c’est dans la même salle que le collectif vient présenter un travail conçu avec leurs mères (elles sont au nombre de quatre). A travers ce spectacle plus dépouillé que "Schubladen" - ne serait-ce que par le nombre de comédiens réels présents sur scène -, le collectif poursuit son exploration de certains schémas comportementaux par le prisme de la représentation de la femme ; manière d’y débusquer les clichés, les rituels ancrés, particulièrement à l’endroit des femmes.

 Ainsi ces mères qu’on s’attendait à voir sur scène sont essentiellement présentées, ô surprise, en vidéo, sur des toiles, où elles apparaissent grandeur nature (voire plus). Soit elles parlent, soit une voix off rend compte d’impressions personnelles, d’anecdotes relatant leur vie de femmes auprès de leurs maris ou de leurs enfants. Grâce à un usage particulièrement réussi de la vidéo - bien plus sophistiqué que les petites caméras portées à bout de bras par les comédiennes de "Schubladen" -, ces mères prennent vie, tour à tour désopilantes, grimaçantes, sautillantes, comme si le fait d’être des corps suspendus sur une toile au-dessus du sol leur conférait cette dimension aérienne et solaire.

 En traçant de façon sommaire des cercles sur la scène, divisant le plateau entre un avant (propice aux actes les plus variés, tant sur le plan de la parole que du jeu) et un arrière, plus secret, les comédiennes (plus un comédien) délivrent leur version modeste du "Sacre du printemps" en l’articulant autour d’une thématique principale : la question du sacrifice. Certes, le propos est simple, évident même, et on pourrait trouver un peu léger cette façon d’aborder le chef-d’œuvre de Stravinsky, en évacuant notamment la veine primitive inscrite au coeur de la musique, pour le couler dans le moule du discours féministe.

 Mais c’est avec cette approche décomplexée que l’échange avec les mères est rendu avec plus de fluidité et par là, avec le plus de sincérité. Elles se font face, et le dialogue a beau être muet, la présence des mères sur les toiles n’en est pas moins prenante, jusqu’à ces superpositions d’images qui viennent déformer leur visage en gros plan. Le spectacle se dote d’un petit côté performatif que renforce la vidéo de Benjamin Krieg, élément indispensable venant rehausser la mise en scène. Oui, il n’est pas simple d’adapter "Le sacre du printemps", et She She Pop, en proposant cette version contemporaine, en donnant à entendre la totalité du morceau (exigence des ayant-droit oblige)  restitue à cette œuvre son inaltérable vibration .

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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