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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 23:01

 

 

      Photo : Brigitte Enguerand

 

 

Neuf petites filles

 

Texte de Sandrine Roche

 

Mise en scène de Stanislas Nordey

 

Avec Marie Cariès, Nathalie Kousnetzoff, Sophie Mihran, Julie Moreau, Anaïs Muller,Julie Pouillon, Karine Piveteau, Lamya Regragui, Margot Segreto

 

 

 Aux première images de "Neuf petites filles", on aurait tendance à mettre au second plan l'intérêt que Stanislas Nordey accorde au texte, lui l'inlassable défricheur. S'il y a bien des mots qui jaillissent au début de la pièce, c'est fragmentés, dispersés, puisqu'ils apparaissent sur un grand panneau, implacablement débités par les voix des comédiennes. A ce moment là, c'est bien plus la dynamique visuelle qui frappe que l'usage des mots, non encore pris dans une narration.

 

 De narration, il n'y en a pas vraiment dans cette pièce de Sandrine Roche. Plutôt des états, des impressions, de cours récits destinés à révéler l'univers de l'enfance, par le prisme de petites filles. Passés par le moule de l'écriture, filtrés par le tamis de metteur en scène de Stanislas Nordey, la pièce surprend. Visuellement d'abord donc. Il faut remonter à "Tristesse, animal noir" pour sentir, chez Nordey, cette attention récente à une forme d'élégance scénique, à travers une disposition particulière pour signifier le feu ou représenter un pique-nique.

 

 "Neuf petites filles" adopte un virage encore plus prononcé quand à cette visibilité de la mise en scène qui, chez Nordey, a souvent été minimaliste. Cette couleur fuchsia qui domine, censée représenter l'univers de l'enfance, n'a pour autant rien de lénifiant ou de sucré. Cette élégance plastique, ce flamboiement visuel, relayés par les robes des comédiennes, contiennent surtout des effets d'insouciance pop, et les ballons qui traînent sur la scène feraient presque penser à l'univers bariolé de Yayoi Kusama.

 

 Cette approche "soft" qui mêle maquettes géantes de petites filles et envahissement de textes défilant sous nos yeux confère à la pièce une allure de cabaret : bien des postures des comédiennes traduisent explicitement cette tendance à la chorégraphie et, bien souvent, la plupart ont droit à leur moment où elles s'adonnent à un monologue.  

 

 Le texte de Sandrine Roche, âpre, aurait pu souffrir de cette approche déliée, voir ses aspérités se noyer sous le scintillement visuel. Mais il est porté par des comédiennes excellentes, qui profèrent le texte avec une énergie incandescente comme si, pour pallier le fait de ne pas être de petites filles, il fallait d’autant plus le clamer, ce texte. Energie qui n’empêche pas une distance visant à rendre la dimension non naturaliste du jeu, inhérente à l'esthétique de Nordey. Si "Neuf petites filles" rend compte d'une violence propre au monde de l'enfance au sein d'une cour de récréation, la sophistication du texte l'embarque dans une dimension bien plus large, prenant le contrepied de toute approche sociologique, ce qui ajoute à son trouble.

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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