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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 20:55

 

 

 

 

 

Manger

Spectacle de Boris Charmatz

 

Avec Or Avishay, Nuno Bizarro, Ashley Chen, Olga Dukhovnaya, Alix Eynaudi, Julien Gallée-Ferré, Peggy Grelat-Dupont, Christophe Ives, Maud Le Pladec, Filipe Lourenço, Mark Lorimer, Mani A. Mungai, Matthieu Barbin, Marlène Saldana



 "Manger" : par ce titre lapidaire, Boris Charmatz entend répondre à un programme sans ambiguïté. Oui, il s'agira, pour les performeurs de son dernier spectacle, feuilles de papier à la main, d'entamer un geste d'ingestion répété, au départ lentement, puis de plus en plus insistant, compulsif. Et comme pour rendre cet acte naturel, anti-spectaculaire, la lumière reste allumée dans la salle pendant une longue partie du spectacle.

 Pourtant, s'il ne s'agissait que de cela, manger du papier, le spectacle de Boris Charmatz, à moins d'une amplification délirante et bouffonne - comme le film de Ferreri - tiendrait sur un fil ténu. Charmatz entend nous mener plus loin. Et chez lui, interroger l'acte de manger passe par la confrontation avec d'autres dispositifs. Là où au fond on s'attendait à un geste radical, régressif, c'est une dimension culturelle qui émerge, par le chant.

 Ce n'est pas tant qu'en introduisant le chant dans ces actes de mastication Boris Charmatz cherche à créer une opposition dialectique évidente : nature contre culture, nécessité d'assouvissement organique contre vocalisation transcendante ; les deux, dans une certaine mesure, cohabitent : il s'agit de faire vibrer la voix sans jamais perdre la question de la mastication. La bouche se laisse envahir par un flux vocal, qui met en avant aussi bien une grande oeuvre du patrimoine classique (la 7ème symphonie de Beethoven) qu'elle donne à entendre un texte littéraire valorisant la trivialité (Le bonhomme de merde, de Christophe Tarkos).

 On ne trouve pas de hiérarchie dans ces emprunts culturels, plutôt une façon, aux confins de ces bouches qui dévorent, de se laisser traverser par des lignes vocales hétéroclites. Plus le spectacle avance, plus les voix prennent des tonalités diverses, les cris se mêlant aux oeuvres plus contemporaines (Ligeti), comme si, au fond, les bouches devenaient comme des cavernes d'où jaillissaient toutes sortes d'objets.

 Aux étapes musicales multiples, le corps des performeurs se signale par des états différents. Au départ immobiles, ils sont peu à peu envahis de secousses, soubresauts. Couchés par terre, certains se léchant les bras, pris dans des contorsions. Il y a jusqu'à ces exercices d'équilibristes improbables où une danseuse en vient à marcher sur un autre couché sur le sol. Toutes ces dispositions physiques n'enrayent aucunement l'épanouissement du chant. Et c'est sans doute cela le plus troublant dans "Manger", cette combinaison chez les performeurs de la voix, du corps, du mouvement, dans une maîtrise confondante. Intrication vertigineuse qui porte le spectacle loin. De la bouche au corps, pour revenir, dans un final stupéfiant, à une cueillette de morceaux de papier au sol. Faussement apaisé, "Manger" devient silencieux, mais pour conclure par une ultime digestion.

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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