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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 21:29

 

            Photo : Jean-Louis Fernandez

 

 

 

Torobaka

Spectacle d'Akram Khan et Israel Galvan

Avec B.C. Manjunath, Christine Leboutte, David Azurza



 

 Il y avait une certaine évidence à ce que Akram Khan et Israel Galvan se rencontrent. Évidence fondée historiquement sur la parenté établie entre le kathak et le flamenco, le premier étant conçu comme l'ancêtre de l'autre. Un rapport au temps et à la filiation d'autant plus excitant que le kathak, danse du Nord de l'Inde, florissante dans la cour des mogholes (voir "Le salon de musique", de Satyajit Ray) demeure vivace en Inde, et a parfois l'honneur d'être représenté à Paris, comme il y a encore peu de temps à l'auditorium du musée Guimet.

 Si la rencontre entre Akram Khan et Israel Galvan est passionnante en soi, c'est qu'elle ne prend pas appui sur une quelconque approche historico-muséographique. Le kathak dont Akram Khan est un fervent représentant ne se danse plus dans les cours des mogholes, et les gitans qui l'ont sans doute amené en Espagne n'avaient sans doute rien à voir avec cette dimension spectaculaire liée à la noblesse. L'homme qui plus est, délaisse parfois ce style traditionnel pour s'adonner à de la danse contemporaine. Que dire d'Israel Galvan qui, s'il a baigné dans le flamenco dès son plus jeune âge, a opéré dans le style une révolution que peu sont encore capable de suivre ?

 Dès l’entame, le contact entre Khan et Galvan se fait sur le mode de la joute. Quand l’un ouvre la bouche, l’autre s’empresse de la lui fermer. Facétie qui serait vaine si elle n’était pas aussitôt relayée par la virtuosité chorégraphique des deux danseurs. A la fois axée sur une synchronie des mouvements (amplifiée par un habillement identique), un écart s’opère assez rapidement, simplement pour signifier que dans cette rencontre, la proximité des deux danses doit être propice à des envolées solitaires, à des croisements féconds, des échappées singulières.

 C'est dans ces moments-là qu'explose la qualité de danseur des deux interprètes. Il en va particulièrement d'Israel Galvan qui exécute, devant un micro, un numéro étourdissant. Si s'y affirment son extrême plasticité, sa souplesse féline, cette partie révèle un travail sur le son qu'il produit en amont, en accompagnant sa danse de ponctuations sonores, héritées des percussions vocales indiennes. Travail sans doute accompli avec B.C. Manjunath, musicien indien qui s'illustre dans ce spectacle en jouant des percussions emblématiques, dont le kanjira, tout en donnant à entendre le konnokol (une sorte de grammaire alphabétique vocal), sur lequel s'appuie tout jeu instrumental.

 Si la musique indienne est naturellement présente dans ce spectacle, elle est prise dans un courant d'hybridation constante, puisque s'illustrent également Bobote, chanteur et percussionniste flamenco, Christine Leboutte et David Azurza, avec des chants italiens. Quand Bobote dialogue avec B.C. Manjunath, à coup notamment de percussions, la présence des deux chanteurs - qui tentent de s'inscrire physiquement dans le spectacle en se déplaçant -, se révèle plus problématique. A trop vouloir mélanger les styles - en y adjoignant de l'humour -, on peut craindre un effet un peu hétéroclite. Mais "Torobaka", avec cette rencontre frémissante entre deux danseurs magistraux, contient une originalité que n'atténue pas cette petite réserve.

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