Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 14:25

 

 

             Photo : Christophe Raynaud De Lage

 

 

Sauver la peau

Texte de David Léon

Conception, mise en scène et dramaturgie : Hélène Soulié

Avec Manuel Vallade


 

 On commence ici à réellement prendre le pouls des textes de David Léon, dans leur articulation avec les mises en scène d'Hélène Soulié. Après le beau "Un Batman dans ta tête", découvert au Théâtre de la Loge (et repris au Théâtre Ouvert), on a la certitude que se dessine une complicité, qui, si elle s'appuie sur un "collectif", n'en rend pas moins compte d'un cheminement sensible commun.

 Conçus comme un diptyque, "Un Batman dans ta tête" et "Sauver la peau" se répondent sans pour autant se confondre. Il n'y a pas seulement une question de proximité thématique (la question de la division du sujet les traverse de part en part : une voix envahissante d'un côté, un frère schizophrène suicidé de l'autre) ; il y a chez David Léon une volonté de faire du texte proprement dit une matière particulière, envisagé comme un flux (Un Batman dans ta tête) ou pris dans un processus d'éclatement (voir la ponctuation particulière de "Sauver la peau"). Stanislas Nordey, qui avait lu un autre texte de David Léon au Théâtre Ouvert, avait révélé l'exigence qu'appelle la lecture.

 La façon dont le comédien Manuel Vallade dit le texte en entrant sur scène témoigne aussi d'une approche tatonnante, d'une mise en place progressive d'un univers corrélé à une scénographie mettant au départ l'accent sur la pénombre. Débit saccadé, destiné pourtant à marquer un élan avec suffisamment d'affirmation (il s'agit de dire la lettre de démission d'un éducateur d'une institution spécialisée) pour très vite rendre compte d'une déroute.

 La déroute, c'est celle qui fait la complexité de l'univers de David Léon, car à partir du moment où Manuel Vallade s'embarque dans ce monologue, c'est pour mieux nous faire sentir à quel point "Sauver la peau" est envahi de flux divers, qui sont autant de voix hétéroclites : celle de la mère, du père, du frère. Satellites de paroles qui dit combien, chez David Léon, le langage s'organise autour de figures présentes-absentes et dont le narrateur serait comme un porte-voix. Il y a par là une dimension ritualiste qui remet en cause la présence réelle du comédien comme porteur d'une maîtrise du jeu.

Tout cela se fait par le biais d'une mise en scène qui, dans le prolongement de "Un Batman dans ta tête" joue sur les effets de miroir, cette fois de manière démultipliée (un peu trop explicite, par ailleurs). L'éclatement de la scène vaut autant que la mobilité du corps de Manuel Vallade. Le comédien, qui paraissait bien statique au départ, à mesure qu'il déplie son texte, que s'enrichit son personnage de "folle", habite l'espace dans une plasticité inattendue.

 Face à une certaine violence du texte qui révèle les tensions familiales, Hélène Soulié opte pour une mise en scène de plus en plus aérienne. Quasiment à l'opposé de "Un Batman dans ta tête", elle fait de "Sauver la peau" une pièce de rémission, où le corps de Manuel Vallade, virevoltant sur ses talons, devient le gage qu'un personnage pris dans des strates vocales hybrides, peut avancer vers une certaine lumière.

 

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche