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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 12:07

 

 

 

 

 

Exit/Exist

Chorégraphie et interprétation de Gregory Maqoma

 

Avec Xolisile Bongwana, Tobela Mpela, Sizwe Nhlapo, Siphiwe Nkabinde, chant ; Giuliano Modarelli, guitare


 
Parmi les différents artistes africains qui ont investi les scènes parisiennes (en particulier le Théâtre de la Ville), une interrogation lancinante demeure : comment en tant que chorégraphe porteur d'une culture autre, se rendre crédible sans épouser les contours de la culture occidentale ? Comment véhiculer, par là, une image un tant soi peu authentique, sans que cette représentation ne passe par du pur folklore - ou du moins qu'il ne puisse être appréhendé comme tel.

 Car l'une des démarches de ces différents artistes semble bien être de ne pas se laisser absorber par le frottement avec les spécificités culturelles occidentales - bon nombre de ces artistes ont travaillé avec des chorégraphes occidentaux de renom et, pour ces africains, avec des français. Dès lors, qu'est-ce qui peut rapprocher des chorégraphes comme Gregory Maqoma, de retour au Théâtre de la Ville avec "Exit/Exist", une pièce à succès, Faustin Linyekula, le congolais, ou encore Dorothée Munyaneza, la rwandaise ?

 De toute évidence, il apparaît que la matière principale qui anime leurs oeuvres respectives, destinée à insuffler une force supplémentaire à leur approche plastique, c'est l'histoire. Quand Faustin Linyekula articule l'un de ses spectacles (Le cargo) autour d'un retour au village pour y assister à une cérémonie ponctuée de percussions, il a non seulement recours à la narration, mais son récit est fortement teinté d'autobiographie, puisqu'il prend lui-même en charge la parole avant de danser. Récemment, Dorothée Munyaneza, avec "Samedi détente" narre avec précision le massacre dont ont été victimes les tutsis, en filtrant l'histoire à travers ses yeux de jeune fille.

 Avec "Exit/Exist", Gregory Maqoma ne procède pas autrement, à la différence près que la parole, essentielle chez Linyekula et Munyaneza, est en retrait, pour privilégier le chant. Il y a bien du texte dans la pièce, présentée en sur-titres, qui retrace un itinéraire sous un angle épique (d'ailleurs assez difficile à lire). Gregory Maqoma, avec cet appui, se glisse dans la peau d'un ancêtre, Jongum-sobomvu Maqoma, chef
Xhosa né en 1798, mort en prison.

 Pour incarner ce personnage, Gregory Maqoma engage une transformation physique. D'abord vêtu d'un costume de ville, le dos tourné au public, il entame une danse électrisante, particulièrement axée sur le mouvement des bras, très secs, entre le tremblement et la secousse. Puis, allant se positionner à la droite de la scène, il se déshabille pour enfiler un vêtement autrement plus traditionnel, entre la peau de bête et la robe de femme, au bout de laquelle pendent des fils. Ses jambes dévoilées, fines, Maqoma endosse d'ailleurs une stature assez féminine et la danse qu'il va alors exécuter, toute de séduction, ne le démentira pas.

 Plus énergique que celle du début, impliquant autant les mouvements rapides des bras que des jambes, cette danse tout à la fois d'exaltation que de rituel, tisse une trajectoire, historique, avec l'appui des textes, mais aussi du chant. C'est grâce à la qualité de quatre interprètes, et d'un remarquable guitariste, que "Exit/Exist" atteint des sommets. Voix graves, pleines, mais qui reproduisent aussi des sonorités particulières, pour mimer quelques sons naturalistes. Cet accompagnement haut en couleur prend parfois des allures de gospel, tant s'y dégage une ferveur profonde.

 Et Gregory Maqoma, quand il n'est pas pris dans l'intensité de sa danse, manipule des objets, qui sont autant d'extensions du rituel : des céréales (du mil ?) avec lesquelles il trace un cercle parfait sur la scène, un pagne qu’il enfile qui lui donne des airs de chaman. Dans une belle scène, portant une assiette sur la tête, il va se poster sous un filet de céréales fines qui s’écoulent du haut de la salle. L’assiette remplie, il se met alors à danser en arpentant le plateau. Il s’agit moins dans cette scène de faire preuve de virtuosité que de parvenir à un point d’unification où les différentes composantes (céréales, danse, chant) mènent à une harmonie. A ce moment-là, l’hommage à l’ancêtre (sublimé dans une scène où Maqoma s’enduit d’huile) trouve alors son accomplissement serein.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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