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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 21:54

 

Photo © Luc Depreitere

 

 

 

It's going to get worse and worse and worse, my friend

Conception, chorégraphie et danse de Lisbeth Gruwez

Composition sonore et assistant Maarten Van Cauwenberghe



 

 Collaboratrice majeure de Jan Fabre  - avec qui elle a donné le fameux solo "Quando l'uomo principale è una donna"-, Lisbeth Gruwez a su voler de ses propres ailes. Avec "It’s going to get worse and worse and worse, my friend", la danseuse belge reprend une de ses chorégraphies datant de 2011 et présentée en 2012.

 Le parcours de cette danseuse est remarquable en ce sens que se dessine peu à peu un tracé chorégraphique cohérent et personnel. Le début de la pièce pose tranquillement et sereinement les données : pureté d'un dispositif, patience du développement des mouvements. En effet, en se présentant en marchant sur le devant de la scène du Théâtre de la Bastille, Lisbeth Gruwez affiche, avant toute manifestation dansée, une attention à la présence, signifiée par son regard. Non pas une captation de ceux du spectateur, mais l'affirmation d'une adresse. A partir de là, la pièce peut commencer.

 "It’s going to get worse and worse and worse, my friend" témoigne d'une intention très circonscrite chez Lisbeth Gruwez, fruit d'une écoute attentive de certains discours (une interview de John Cassavetes, pour en dernier lieu faire du discours du télévangéliste conservateur Jimmy Swaggart la matière principale du spectacle). La pièce vise à créer une relation entre le langage et le corps, en mettant l'accent sur la manière dont ce dernier est affecté par les mots, au point de s'en trouver transformé. Travail de déconstruction de longue haleine, révélant de prime abord une posture intellectuelle, aux confins de l'approche savante.

 Pourtant, la pièce échappe à toute rigidité, bien que le début se présente sous un angle lisse, précis : les gestes des bras de Lisbeth Gruwez, lentement, dessinent des mouvements soignés, contrôlés, mais souples. Des mots surgissent petit à petit, sans qu'on puisse dire réellement de quoi ils relèvent. Des bribes, en fait, qui créent un trouble sonore, comme un sample minimaliste. Et quand les arabesques de Lisbeth Gruwez deviennent plus amples, c'est que les mots deviennent de plus en plus envahissants, atteignant une musicalité certaine à force de répétitivité. La danseuse s'épand dans l'espace et, par rapport à son statisme et la lenteur du départ, il y a véritablement une jubilation de la danse. Sa vitesse d'exécution, de la sécheresse des trajectoires des bras à la vivacité des jambes, ne sont pas loin d'évoquer alors l'énergie d'un Saburo Teshigawara.

 Dans la dernière partie où la voix devient lointaine, comme étouffée, la danseuse met en avant ce qui peut résulter d'un corps affecté à son insu par des mots. Et les sauts qui suivent donnent alors une impression que son corps s'ébroue littéralement. De la maîtrise initiale à ce lâcher prise, en moins d'une heure, Lisbeth Gruwez a montré sa capacité d'exploration, tissant d'essentielles vibrations entre le son et le corps. Passionnant.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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