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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 22:14

 

 

     Photo © Elisabeth Carecchio

 

 

 

La bête dans la jungle, de Henry James (adaptation de Marguerite Duras)

Suivi de La maladie de la mort, de Marguerite Duras

Mise en scène de Célie Plauthe

Avec Valérie Dréville, John Arnold, Mélodie Richard

 


 

 Au travers de son adaptation théâtrale du récit de Henry James, Marguerite Duras a tracé des affinités électives avec l'univers de l'écrivain américain. "La bête dans la jungle", dont elle a livré bien plus tard une nouvelle version, tient une place de choix dans sa passion littéraire. Dans ce texte, la crainte du désir, le thème de l'attente, si développés chez l'écrivaine, prennent ici une place prépondérante.

 Texte aussi étonnant que superbe, dont il n'était pas évident de le porter sur la scène, tant pour Célie Pauthe, il fallait se confronter à une double saisie : le monde de Duras et celui de Henry James, bien qu'on puisse dire que cette adaptation théâtrale témoigne d'une vampirisation par Duras des thèmes de James. Ajouté à cela, une référence en matière de mise en scène : celle d'Alfredo Arias, avec ni plus ni moins que Sami Frey et Delphine Seyrig, plus tard filmés par Benoît Jacquot.

 La mise en scène de Célie Pauthe cherche principalement à s'arracher à une influence durassienne, en évitant les tempi nostalgiques inhérents au thème de l'attente. On ne sent pas du tout sur la scène ce sentiment de flottement, d'immobilité, qui a pu devenir la marque de fabrique de Duras, notamment à travers ses films phares comme "India Song". Dans un beau décor représentant un grand appartement bourgeois, dont on perçoit les lignes de fuite - propices à envelopper les personnages d'une aura fantomatique -, la rencontre entre les deux protagonistes n'est pas du tout représentée sur le mode de la complainte hébétée.

 Au contraire, aux effets de surprise liés à la révélation d'une rencontre antérieure succède une excitation des deux partenaires. Le jeu des comédiens se révèle vibrant, accompagné de nombreux gestes qui viennent souligner leur enthousiasme. Une façon de donner à leur échange une qualité de vie éloignée de toute tentation nostalgique. Dans la bouche de Valérie Dréville, les mots, précis, clairs, renforcent cette impression d'un personnage féminin endossant littéralement le rôle de guide, face à un homme engoncé dans l'illusion aveuglante d'un évènement à venir. John Arnold prête à son rôle des effets quasi infantiles, par cette façon assez désuète de se déplacer, dans une théâtralité renforcée, corps tendu, mouvements agités dans l'espace, comme animés par d'étranges forces inassimilables.

 Dans cet espace presque trop grand pour ces deux personnages - qui lui donne des airs de "L'année dernière à Marienbad", d'Alain Reisnais - il faut souligner le rôle des techniciens habillés de noir qui, dans un lent rituel, se déplacent sur le plateau pour opérer les changements de meuble, poser un pot de fleurs, débarrasser une table, etc. Véritables officiants silencieux qui ne sont pas sans rappeler les manipulateurs de marionnettes dans le théâtre Bunraku japonais. Par leur seule présence, ils contribuent à installer sur le plateau une dimension onirique, où le temps semble soudain statufié.

 La transition qui amène la partie suivante du spectacle est belle : un lit qu'on glisse vers le devant de la scène, ainsi qu'un miroir, jusqu'alors plaqué en fond de scène, renforçant par ses déformations l'incertitude existentielle des personnages. Beau glissement, mais qui laisse sceptique sur la nécessité de coller "La maladie de la mort" à "La bête dans la jungle". Si on peut aisément tisser des correspondances entre les deux textes, la nature de celui de Duras peut déstabiliser. "La maladie de la mort" fonctionnant sur des projections au conditionnel de scènes à venir, comme des mises en place progressives, le donner à voir reste problématique. Sa force tient à une indétermination des actes, et le choix de Célie Plauthe peut laisser perplexe. Peut-être aurait-il fallu une vraie pause après "La bête dans la jungle" pour se couler dans cet univers si décalé, chargé d'une belle puissance évocatrice.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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