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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 21:37

 

 

 

 

Caprice

Film d'Emmanuel Mouret

Avec Virginie Efira, Anaïs Demoustier, Emmanuel Mouret, Laurent Stocker


 

 

 Emmanuel Mouret est une figure singulière de la comédie française. Ses prestations, ultra reconnaissables, à coup de distractions hébétées, de décalages soft, continuent à étonner. Mais si cette singularité s'appuie pour l'essentiel sur les mimiques des comédies américaines (du burlesque aux années 50), il a su donner à ses rôles le caractère français du doux rêveur, matinée de séduction rohmérienne.

 Figure inamovible, qui interpelle sur la façon dont le comédien-réalisateur peut évoluer, apporter un sang neuf à ses réalisations. Si Mouret évolue dans ses films en personnage naïf, dépassé par les évènements (ressort essentiel du burlesque), il ne s'en révèle pas moins un organisateur, qui tente de faire à sa manière plier la réalité à ses besoins. Il est souvent question de subterfuge, de délégation de personnages pour parvenir à son but. Naïveté et doux machiavélisme font souvent bon ménage chez Mouret.

 Mais face à son personnage bien campé, aux mimiques prévisibles, Mouret a su dès le départ s'entourer de figures aptes à déplacer les lignes, à bousculer, précipiter cette indécision d'un corps à se projeter dans l'espace (amoureux, social, existentiel). Ce sont bien évidemment les femmes qui sont chargées de ce rôle. Plus que jamais "Caprice" ne déroge pas à cette règle, mais en opérant quand même une modification notable dans la répartition des rôles.

 L'inflexion apportée par les femmes, elle se cristallise plus que jamais autour de deux figures féminines antithétiques. Présentées dans une même séquence, l'une, Caprice (Anaïs Demoustier), n'est quasiment pas vue : elle doit se manifester pour prendre une place hésitante dans les yeux de Clément (Emmanuel Mouret). L'autre, Alicia (Virginie Efira), est au contraire celle qui créé, sur scène, la sidération scopique. Qu'elle soit vue d'une simple position de spectateur renforce l'idéalisme amoureux. Virginie Efira joue cette comédienne éthérée avec conviction, pour autant que cette aura la place dans un registre univoque. La relation supposée avec Thomas (Laurent Stocker), en restant évasive, traduit une difficulté d’incarnation du personnage.

 Personnage central du film - au point de lui donner son titre -, Caprice témoigne du déplacement notoire des possibilités d'orientation d'un sujet par rapport à un autre. Un peu à la manière de Katharine Hepburn chez Howard Hawks, Anaïs Demoustier incarne cette petite peste qui enrobe ses sentiments sous un déchaînement d'actes pour lui permettre d'exister auprès de Clément. Cette immixtion dans sa vie l'amène littéralement à organiser son quotidien suite à sa chute, venant chez lui. Tout cela culmine en une scène apparemment anodine, où elle remplit le bocal de shamallows qu’elle avait vidé.

 La prééminence des actes de Caprice, aussi bien comme organisatrice du processus amoureux, qu’ordonnatrice de désastre - par rapport auquel elle cherche à s’amender devant Alicia - conduit Emmanuel Mouret à adopter un mouvement final curieux. En colorant le personnage d’une posture de muse lui permettant d’accéder à la création, il en notifie la disparition, tandis qu’Alicia assure la stabilité du couple dans un confort bourgeois. Renversement surprenant : Caprice devient le personnage idéalisé, ethéré, tandis qu’Alicia endosse les habits rassurants de la passion maîtrisée. Malgré la tournure mélancolique induite par ce glissement, on reste vraiment perplexe sur le choix final, somme toute convenu, d’Emmanuel Mouret.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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