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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 21:45

 

 

 

 

Le chagrin

Par la compagnie les Hommes Approximatifs

Mise en scène de Caroline Guiela Nguyen

Avec Dan Artus, Caroline Cano, Chloé Catrin, Violette Garo Brunel, Medhi Limam


 

 

 Pour sa deuxième mise en scène au Théâtre de la Colline, après "Elle brûle", inspirée de Flaubert, Caroline Guiela Nguyen a choisi de radicaliser son dispositif. "Le chagrin" a de prime abord tout d'une matière informe, et le spectateur doit traverser un océan de signes avant de pouvoir s'agripper à ce qui lui est le plus familier : la parole.

 Le spectacle, avant de commencer, adopte un schéma visuel largement usité dans le théâtre contemporain : les comédiens sont déjà sur scène, rompus à des actes précis. En général, quand la lumière s'éteint, quelque chose de précis s'amorce : une histoire, en principe propulsée par des dialogues. Seulement voilà : dans cette pièce, ce qui nous apparaissait comme un prélude en forme de mise en bouche récréative, mâtiné de bizarrerie, constituait l'ossature de la pièce, au point de se poursuivre pendant de longs moments.

 Que voit-on ? Devant un décor surchargé, où figurent nombre d'objets liés à l'enfance (poupées, ours ligotés sous un évier, animal suspendu, etc), les personnages (deux femmes et un homme) s'adonnent à un comportement étrange, profondément régressif, dans un silence complet. Une femme plus âgée, à l'arrière, devant une petite table, confectionne des petits bouquets de fleurs. C''est surtout l'attitude de l'homme qui frappe : touillant deci delà, manipulant des casseroles, tirant sur des éléments en plastiques, jouant complaisamment avec de la terre, accablant une jeune femme avec des jets d'eau.

 Gestes incompréhensibles au départ, qui interpellent autant qu'ils peuvent irriter. Puis, petit à petit, la parole s'invite dans ce cérémonial particulier, et on commence à comprendre que ces personnages qui semblent livrés à eux-même, hors de tout lien social (bien qu'on sache que l'homme est en arrêt maladie), s'adonnent à un rituel de conjuration autour de la mort du père. Et, sans qu'on y prenne garde, ce délire fait d'actes absurdes, prend au fur et à mesure une vraie force, car il dit combien ces personnages font face avec des moyens limités à la disparition ; comment ils entament un hommage au défunt, en recourant à des éléments principiels (l'eau, la terre, le feu).

  A un moment, l'éclairage des différents casiers renfermant tous ces objets (qui prennent chez Caroline Guiela Nguyen l'allure d'un cabinet de curiosité assez morbide), donne l'impression de se trouver dans une église. Une discrète mélancolie se glisse peu à peu dans "Le chagrin". Dans cette forêt de signes épars et à priori inconfortables, la metteuse en scène et sa compagnie tirent cette démarche ô combien funèbre vers une assomption lumineuse.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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