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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 23:36

 

 

 

 

 

Golden hours (As you like it)

Chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker


 

Avec Aron Blom, Linda Blomqvist, Tale Dolven, Carlos Garbin, Tarek Halaby, MikkoHyvönen, Veli Lehtovaara, Sandra Ortega Bejarano, Elizaveta Penkova, Georgia Vardarou, Sue-Yeon Youn


 

 Dernier spectacle en date d'Anne Teresa De Keersmaeker au Théâtre de la Ville - qui dans la régularité de sa présence, a en quelque sorte pris la place de Pina Bausch -, "Golden hours (As you like it)" représente moins un virage qu’une synthèse de son oeuvre. En s’appuyant sur la musique d’un album culte de Brian Eno (Another green world), Anne Teresa De Keersmaeker a beau mettre une fois de plus en avant son rapport au son, l’exploitation semble tout de même moins appuyé que "Vortex temporum", axé sur la musique de Gérard Grisey.

 Ce rapport soutenu à la musique passait dans les dernières pièces soit par une intrication essentielle entre musique et traduction corporelle (Vortex...), soit par de la pure déconstruction conceptuelle (3Abschied), ou encore par une inscription de son propre corps dans la danse, soutenu par Bach (Partita 2), en compagnie de Boris Charmatz. "Golden hours (As you like it)", dans cette répétition initiale du même morceau (quatre fois), traduit à la fois une révérence, mais qui vaut tout autant comme une forme de liquidation. Car, durant les deux heures dix que dure ce spectacle, la musique sera loin d’occuper la plénitude du spectacle. C’est le silence qui, le plus souvent règne sur la scène, où l’on entend d’ailleurs assez régulièrement le crissement des tennis des danseurs.

 Ce en quoi "Golden hours..." marque une synthèse dans le parcours de la chorégraphe tient beaucoup  à une approche où la plupart des thèmes qui la préoccupent sont disposés de façon étirée, dilatée : l’imbrication de la musique et de la danse (un musicien qui, jouant de la guitare, chante en se tenant au plus près des danseurs, une danseuse qui reprend un couplet de Brian Eno...) ; mais surtout, une présence constante du texte, à travers la pièce de Shakespeare "Comme il vous plaira" , dont nombre de passage sont présentés en fond de scène.

 Mais comme souvent dans la démarche d’Anne Teresa De Keersmaeker, cette importance accordée au texte ne saurait se faire sans une interrelation avec les danseurs, qui ajoute une dimension narrative patente à la pièce. Les danseurs traduisent ainsi sur scène des passages du texte, les conduisant à se défier entre eux et à entamer des luttes explicites. On y voit même un danseur passer au cou d’une danseuse un collier, concomitamment au texte qui définit l’acte.

 Est-ce à dire que, par cette présence abondante du texte, "Golden hours (As you like it)" tient la danse à distance ? Au contraire, la longueur de la pièce permet, comme on ne l’avait pas vu dans certaines chorégraphies plus intimistes, un développement plus aigü de la danse, où brillent des corps de jeunes danseurs, dont certains, en particulier les hommes, ressemblent à des éphèbes tout droit sortis d’un film de Franco Zefirelli (Roméo et Juliette). Leur côté gracile, leur juste au corps évoquant beaucoup ces costumes d’époque, inscrivent leurs silhouettes dans une grâce éthérée. Ces danses, par leur spontanéité, la variété des figures liée à la multiplicité des sujets, emmènent souvent "Golden hours" vers une zone de pure libération formelle. C’est dire si, entre musique culte et fameux texte de théâtre, les danseurs d’Anne Teresa De Keersmaeker tirent leur épingle du jeu.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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