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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 21:31

 

        Photo : Hiroyuki Kawashima

 

 

 

"Ode à la chair", par Dairakudakan

Chorégraphie et mise en scène : Emiko Agatsuma

Direction artistique : Maro Akaji


 

Avec Emiko Agatsuma, Akiko Takakuwa, Naomi Muku, Azusa Fugimoto, Yang Jongye, Oran Ito, Yuna Saimon, Aya Okamoto, Yuka Mita, Sakura Kashiwamura


 
Si la troupe de Dairakudakan repose autour de la figure emblématique de Maro Akaji, la célèbre troupe, familière de la MCJP, est loin de se figer autour d'un culte du personnage, maintenant âgé de 72 ans. En découvrant à nouveau deux spectacles cette saison, on a l'occasion de constater à quel point la démarche artistique de Dairakudakan passe par un renouvellement incessant. Ainsi, "Ode à la chair" témoigne d'une double postulation du groupe : maintenir une sorte de légende du butô par sa longévité, et injecter, par l'intermédiaire de certains danseurs, un souffle créateur nouveau.

 C'est à Emiko Agatsuma qu'a été confié "Ode à la chair". Se lançant dans l'aventure après quelques solos (notamment dans "L'homme de cendre", en 2011), elle consacre cette pièce uniquement aux femmes de la troupe. Ca n'en fait pas pour autant une pièce féministe, simplement l'orientation thématique, selon Emiko Agatsuma, se veut essentialiste, en abordant des questions autour de la fertilité, le cycle de vie, notamment. Mais, pour le spectateur familier de la troupe, il s'agit avant tout d'une pièce de butô, avec ses caractéristiques propres (techniques, visuelles, physiques).

 "Ode à la chair" offre une ouverture proprement sidérante : des corps de femmes recroquevillées, suspendues dans un filet de par et d'autre de la salle ; et au centre, tel un bas-relief qui s'éclaire peu à peu, d'autres corps littéralement statufiés, comme emprisonnés dans une structure rigide. L'effet est réellement saisissant, et les voir s'animer petit à petit ajoute à notre fascination.

 On tient d'emblée, et avec une force peu commune, l'un des thèmes les plus usuels du butô : le rapport de la vie et de la mort, et ce thème va constamment traverser "Ode à la chair", évitant de se figer. Cette seule scène inaugurale contient déjà une force d'interprétation dynamique : si on voit des corps qui s'animent, cette sorte de pan mural d'où ils s'arrachent n'est plus simplement une toile de fond, mais évoque une ruche, propice à métaphoriser le cycle de la vie. Troué, divisé, en arrière-fond ou s'avançant sur le devant de la scène, invitant les corps à en prendre sans cesse possession, il appelle un jeu sur la profondeur, le voilé, la disparition.

 Et quand, par le côté droit de la scène, arrive lentement une grande forme sombre (qu'on aurait pu simplement associer à une ombre), c'est pour donner à "Ode à la chair" cette dimension rituelle propre au butô. Sorte de Chewbacca étiré, cette forme qu'on pourrait croire menaçante, se révèle en personnage d'officiant, de figure ordonnatrice dont les actes s'envisagent à la fois comme une exclusion douce (faire sortir d'un coup de tête les danseuses pris dans un filet) que comme une projection dans le mouvement de la vie.

 Mais cette position incarnée par Emiko Agatsuma n'est pas unilatérale. Il ne s'agit pas de figurer, de par la taille, dans un statut univoque de prêtresse : "Ode à la chair" procède par des renversements, à coup de métamorphoses (le corps d'Agatsuma qui s'extrait de son enveloppe-chrysalide) ou de régression (les danseuses, en lycéennes sorties d'une bande dessinée qui s'offrent un festin, munies de leur fourchette et couteau).

 Dans ce foisonnement de séquences, le spectacle alterne moments purement bouffons et clins d'oeil à des phases contemporaines de séduction - comme cette scène avec les chaussures, d'une sophistication un rien saugrenue par ses effets mode, mais on saluera la prouesse d'une danseuse ayant cassé son talon lors de la première. Avec cette création stimulante d'Emiko Agatsuma, Dairakudakan, en montrant sa capacité de renouvellement, distille de nouvelles promesses d'émerveillement.

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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