Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 20:36

 

 

 

Comme un avion

Film de Bruno Podalydès

 

Avec Bruno Podalydès, Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Vimala Pons, Pierre Arditi

 

 La matière dans laquelle travaille le film de Bruno Podalydès contribue constamment à le situer dans une sphère réjouissante : film ouaté sans pour autant être mièvre, imprégné d'innocence et d'émerveillement, sans pour autant être naïf. Travaillé par la question du rêve (le mot est mentionné dans le jeu de citation des palindromes : "rêver"), "Comme un avion" prend le pari de mener son personnage vers d'autres contrées, même si, en film comique, il en escamote son parcours, renvoyant la tentative d'accomplissement émerveillée de Michel à une utopie de petit garçon qui, désirant franchir une montagne, traverserait finalement un bac à sable.

 La beauté du film, son attraction, qui suscite une adhésion sans fard, tient à  cette ouverture de l'espace, même finalement étriqué, qui donne au film l'allure d'un faux road movie. Mais surtout, malgré ce personnage qui se parle tout seul, tout entier orienté sur sa fascination des avions, la réussite de Bruno Podalydès est de n'en pas faire un sujet autocentré, vieil ours mal léché misanthrope (ça, c'est Arditi, à peine reconnaissable, qui en incarne la pesanteur immobile), mais de provoquer, pour le spectateur un respect bienveillant quand à la mise en place de son rêve.

 Réussite du film liée également à cette capacité à élargir le champ d'un thème bien ancré dans le cinéma français (le couple), pour en liquider toute nature conflictuelle et psychologique. "Comme un avion" part ainsi d'un point qui le fait ressembler à "Arrête ou je continue" de Sophie Fillières : signifier une érosion du couple en le séparant spatialement. Seulement, là où Sophie Fillières, avec l'aide du conte, donnait une dimension onirique à son film, Bruno Podalydès fait de la question du lien le moteur essentiel de "Comme un avion". La rencontre avec Laëtitia (Agnès Jaoui), affublée de personnages loufoques qui repeignent tout, casque sur la tête, a tous les airs d'un conte adapté par Disney, sauf qu'ici, point de sorcière, mais de figure féminine révélatrice.

 "Comme un avion", sous ses airs d'échappée bucolique rafraîchissante, adopte un mouvement à rebours de ce qu'on pourrait appeler avec humour un "river movie" : il y est plus question de surplace et de retour. C'est justement les rencontres qui empêchent Michel d'avancer réellement. L'accomplissement de son rêve, en se collant à une réalité humaine, donne à son itinéraire une trajectoire bouffonne, jusqu'à ce qu'il échoue devant un centre commercial. Il y a du "Groundhog day" (Un jour sans fin), dans ce mouvement de repli et de retour, où la prise de conscience de la réalité, annihile un peu plus la dimension du rêve. Et, avec l'ultime retour de Michel, suivi sur la berge par Rachel (Sandrine Kiberlain), on tient sans doute l'une des plus belles résolutions du cinéma français de ces dernières années.

 

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche