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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 17:32

 

 

 

Hill of freedom

Film de Hong Sang-soo

Avec Ryo Kase, Moon So-ri, Seo Young-hwa, Kim Eui-sung, Yoon Yeo-jeong


 

 Curieux film, que cet opus de Hong Sang-soo qui, dans la forme courte à laquelle il recourt parfois, appelle, à la manière d'une nouvelle, un traitement rapide du sujet. Seulement, "Hill of freedom", en peignant le portrait de Mori (Ryo Kase), un japonais venu retrouver à Seoul une amante, adopte un étonnant surplace.

 Pourtant, le volontarisme du japonais est assez clair, lui permettant de faciliter la rencontre avec son amie : prendre une chambre dans une guesthouse (Hue Ahn Hanok) juste à côté de chez elle, dans le désormais familier quartier de Bukchon. Mais au lieu de tisser, comme il en a l'habitude, une fiction où la question de la conquête du désir est très présente, Hong Sang-soo enferme au contraire son personnage dans une sorte de léthargie de la non-volonté. Cette inertie est poussée au point que Mori passe beaucoup de temps à dormir, jusqu'à instiller chez ses hôtes le doute sur son état de santé. Il rate par ailleurs ses petits déjeuners, véritable letmotiv comique du film.

 Il faut dire que cet état de "vacance" de Mori, qui avoue ne pas travailler, trahit encore plus cet entredeux dans lequel se trouvent souvent les personnages masculins chez Hong Sang-soo : point de cinéaste ici qui arrive avec un projet de mise en scène (qu'il mettra rarement en oeuvre), et voit graviter autour de lui une nuée d'admirateurs. Dans "Hill of freedom", la démarche initiale de Mori, affirmée, est frappée du sceau de la dépossession : la longue lettre adressée à l'amante coréenne, tombe, une feuille s'égare, et sa reconstitution, sous forme de lecture hasardeuse, est propice à suivre le parcours de Mori à Seoul.

 Cette reconstitution, qui fait de Mori un pur objet soumis aux émotions d'une lectrice (nombreux plans de la jeune femme lisant) est pourtant rendue avec une étonnante fluidité par Hong Sang-soo : pas d'éclat visuel si ce n'est ces invariables zooms avant qui renforcent un sentiment d'immédiateté du récit ; et si l'on trouve - passage obligé chez Hong - ces scènes de beuverie, rien ne s'y décide, ni conflit ni révélation involontaire ; tout juste Mori, hors contrôle, élève la voix devant ces partenaires dans un esprit d'approbation plutôt que de conviction.

 La vivacité dans le film, elle est totalement prise en charge par Youngsun, la serveuse du café "Hill of freedom", qui en arrive à orienter les mouvements de  Mori, au point de l'amener au lit. Et comme souvent chez Hong Sang-soo, le réveil donne matière à une interrogation sur le fait d'être réellement en prise avec la réalité.

 L'une des qualités de "Hill of freedom" c'est précisément d'avancer dans une épure formelle extrême, tout en gardant ce pouvoir de rendre complexe un récit où les différents niveaux (rêve et réalité) se confondent, où en tout cas ne peuvent réellement dessiner leur tracé. Il suffit d'une scène, alors que le film est bien avancé, quand le patron de la guesthouse salut Mori pour la première fois, pour que l'on ne sache plus dans quelle temporalité on se trouve. Et avec cette fragilité liée à une pratique précautionneuse de l'anglais par ses personnages, Hong Sang-soo les maintient dans une enveloppe délicate, incertaine, qui est la promesse d'une perte de contrôle supplémentaire.
 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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