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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 10:21

 

 

 

Und

Pièce d'Howard Barker

Mise en scène de Jacques Vincey

Avec Natalie Dessay




 

 Autant le dire de suite : la mise en scène de "Und" est absolument splendide. Elle éblouit l'oeil du spectateur dès lors qu'il entre dans la salle du Théâtre de l'Athénée. La simplicité du dispositif s'allie à une force expressive peu commune. Qu'y voit-on ? Une femme, à la taille démesurée, engoncée dans une robe écarlate qui s'évase vers le bas. Position à la fois raide (renforcée par les mains tenues derrière le dos), tout en affirmant une présence singulière, telle une diva qui attend de commencer un récital. A ses côtés se dresse un plateau sur lequel se tient une théière, tandis qu'au-dessus d'elle sont disposées pas moins d'une trentaine de grandes lames de glace qui, lorsque qu'on entre, commencent déjà à goûter.

 Effet saisissant, à n'en pas douter, et dont on se rendra compte que ce n'est pas un pur effet de mise en scène. Quand la pièce commence, les premiers mots prononcés par Natalie Dessay sont : "Il est en retard". La séquence verbale revient, lentement, d'une voix blanche, comme une ritournelle aux vagues accents beckettiens. La femme attend manifestement un homme. Mais au contraire de Beckett, l'attente se transforme en angoisse et la pièce se teinte d'un climat de terreur : cloche de l'entrée qui sonne, nombreux fracas de vitre entendus, pleurs d'un homme. Mais ces signes palpables, loin d'affirmer une présence réelle, installent un climat métaphorique, et l'on se demande ce qui se passe vraiment dans la tête de cette femme, si cette attente qui se mue en menace n'est pas le fruit de son imagination.

 Ce trouble-là, remarquablement rendu par le travail sonore, supplée à la nature du texte d'Howard Barker, à la fois cérébral, soucieux de véhiculer du sens, bien que ce sens, dans cette forêt de mots, reste voilé. Il en est ainsi de la femme qui dit à plusieurs reprises "Je suis une juive", "Je suis une aristocrate", comme pour extirper d'un texte assez hermétique des significations que l'on ne raccorde pas vraiment à un évènement réel. C'est bel et bien la mise en scène qui parvient à ajouter un supplément de mystère à la pièce, notamment par un travail du hors-champ, quand la femme s'adresse à un(e) ou des domestiques, dont elle finit par penser qu'ils ne sont pas là.

 A coup sûr, "Und" est une pièce sur la déchéance et la solitude, et le seul fait de voir Natalie Dessay enlever sa perruque, puis sa robe, témoigne de cette perte du rapport au monde. A la fois comme une comédienne qui s'en retourne à son maquillage en coulisse la pièce terminée, sa posture finale, encerclée par ces blocs de glace, en dit long sur ce qu'est cette perte.

 C'est d'ailleurs là que ce décor magnifique prend tout son sens : avec ces lames de glace qui s'effondrent petit à petit sur le sol, représentant une vraie menace physique pour le personnage, on ne peut pas se représenter ces lames comme symboles de lustres aristocratiques.

 Reste la performance de Natalie Dessay, qui réalise son rêve de jouer au théâtre. S'il faut saluer cette prouesse physique et verbale qui consiste à jouer immobile dans une posture contraignante, sa voix, amplifiée par un micro, laisse une impression curieuse. Haut perchée, elle maintient son personnage dans une sorte d'affirmation crâne, bien que tout s'effondre autour d'elle. On aurait aimé un peu plus de profondeur, un timbre un peu plus étranglé, là où la menace, même intérieure, vise à mener son personnage au bout de lui-même.

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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