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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 21:21

 

 

 

 

 

Jongmyo Jeryeak

 

Pour qui a eu la chance (et c'est le cas ici) de visiter le sanctuaire confucéen de Jongmyo, en Corée du Sud, la cérémonie organisée au Théâtre National de Chaillot, en ouverture de la saison France-Corée, constituait un évènement de taille. Inscrit au Patrimoine de l'Unesco, Jongmyo, conçu en 1394, vibre encore, une fois par an, de voix et de danses, en un rituel organisé en l'honneur aux ancêtres. C'est dire si la représentation à l'étranger de cette cérémonie prend une signification particulière.

 Pour rendre compte du caractère exceptionnel de ce déplacement, la mise en scène du spectacle, à travers une vidéo occupant toute la largeur de l'espace scénique, présente le sanctuaire, comme si on y pénétrait progressivement, par un long travelling, au fil des saisons. Manière de rendre la matérialité du lieu, mais surtout d'inviter le spectateur à s'y installer, avant que commence réellement la cérémonie. Une façon aussi de signifier que ce lieu, dont on arpente les longs couloirs et salles, loin d'être un espace fantôme, cultive encore une animation d'antan.

 Le Jongmyo Jeryeak, nom de ce rituel d'hommage aux ancêtres ayant participé à la dynastie Joseon, caractérise les styles de cour, fondés sur un solide hiératisme. Des dizaines de musiciens et de danseurs se succèdent ainsi sur la scène de Chaillot, dans un partage spatial strict - en vue de représenter le Yin et le Yang. C'est particulièrement le cas pour les musiciens, répartis des deux côtés de la scène. Strictement codifiés, le début et la fin de chaque morceau est marqué par l'utilisation d'un Bak, une cliquette en bois.

 Si l'on retrouve dans l'orchestre bon nombre des instruments emblématiques de la musique traditionnelle coréenne (les cithares gayageum, geomungo, ajaeng, le tambour janggu ou le hautbois piri), leurs sonorités sont pour la majorité fondues dans une expression musicale harmonieuse, visant à donner au tissu instrumental un équilibre constant. Dans cet ensemble, deux instruments détonnent : le chuk, une sorte de caisse dont on frappe le fond avec un bâton évocateur d'un pilon de mortier ; le eo, tambour en bois sculpté en forme de tigre assis avec un dos dentelé de 27 crêtes de dents de scie, sur lequel on fait glisser un fouet.

 Par son rythme lancinant, la musique du Jongmyo Jeryeak installe une atmosphère envoûtante, faite de solennité et d'apaisement. Si ce style tire son origine dans la musique de cour chinoise, il évoque une autre musique, à la pratique toujours vivace : le gagaku, une forme japonaise également liée au culte des ancêtres. Une musique continuellement jouée depuis le 8ème siècle, originaire... de Chine et de Corée, dont on retrouve la même lenteur incantatrice.

C'est la danse qui, dans le Jongmyo Jeryeak, apporte une fascination liée à la fois à la magnificence des costumes des danseurs, mais aussi à l'élégance de leurs gestes. Lents, mesurés, ils reflètent eux aussi une stricte ordonnance, toujours dans la relation essentielle du Yin et du Yang, chaque mouvement ayant une orientation spécifique. Des tableaux qui s'animent pour le bonheur des yeux.

 

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