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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 21:09
Photo : Georges Jumarie

Photo : Georges Jumarie

 

Rituel chamanique

 

 

 On cherchera en vain une continuité ente le rituel de Jongmyo Jeryeak, présenté au Théâtre National de Chaillot, et celui qui a investi, le dimanche 20 septembre, la scène du Théâtre de la Ville. Là où l’un, en tant qu’art de cour marqué par une codification stricte, laissant peu de place à l’improvisation, reflète une expression maîtrisée, le rituel chamanique opère dans une bordure où il s’agit de révéler les failles, les interstices de l’être, d’en faire jaillir les ombres.

 

 Le temps est du côté de l’épanouissement de ce rituel qui, en Corée, peut s’étendre sur plusieurs jours. Au Théâtre de la Ville, la durée prévue était de 4h30. Exceptionnel pour ce lieu qui, de plus en plus, verrouille le déploiement de certains concerts traditionnels.

 

 Mais les 4h30 annoncées ne seront pas atteintes. Au bout de 3h30, alors que des jets de pommes, bananes et autres fruits fusaient dans la salle, en signe d’offrandes, il fallait s’en remettre à l’évidence : la plupart des "tableaux", méthodiquement annoncés sur un panneau à gauche de la scène, avaient été traités. Non pas que le déroulé du rituel s’était fait avec une implacable allure, mais on a pu se demander s’il n’était pas écourté du fait que la chamane principale qui devait officier (Kim Ku-hwa, vénérable dame née en 1931), a dû céder sa place suite à des problèmes de santé. Elle sera bien présente, mais dans un fauteuil roulant, ponctuant le rituel de sa participation feutrée.

 

 En fait, durant ces 3h30, et quelle que soit l’adaptation qu’impose ce genre d’évènement sur une scène de théâtre, on a pu se rendre compte de la créativité profuse du rituel chamanique. Soutenu par des percussions (le janggu, que l’on retrouve dans la musique "classique" coréenne), un hautbois piri et quelques voix, le spectacle – puisque, pour le spectateur occidental, c’en est un – révèle ses phases débridées.

 

 Si la somptuosité des vêtements des participants contribuait très vite à émerveiller les yeux du public, l’imprévisibilité du déroulement des séquences maintenait constamment l’intérêt. On en arrivait à se demander si cette façon qu’ont les participants d’esquisser des mouvements de bras déliés allaient ouvrir sur de splendides chorégraphies. Mais bien des gestes restaient de l’ordre de l’amorce, comme si chaque mouvement déclenché indiquait plutôt que le temps de son déploiement appartenait aux protagonistes.

 

 Non dépourvu de phases comiques, le rituel, comme dans le kyogen japonais, offrait un interlude désopilant lorsque qu’une sorte de bibendum ébouriffant (vêtu comme un Pierrot bien de chez nous), venait s’ébrouer de rire sur scène. La partie où un porc ouvert est amené sur scène, puis embroché, avait de quoi refroidir l’émerveillement du public. Voir la chamane en découper un bon morceau donne un aperçu des potentialités du rituel, cet art qui, bien qu’ancré dans un rapport aux éléments des plus concrets, tire sa richesse dans sa capacité à convoquer le surnaturel.

 

 C’est notamment par cet art de la divination, propice aux guérisons, qu’une spectatrice française s’est vue douchée par des prédictions sur son état de santé. Heureusement, sous nos cieux d’intense rationalité, cela a suscité chez elle au mieux un sourire. C’est que le public tient un rôle essentiel dans le rituel et, entre ceux qui sont invités sur scène à venir formuler leurs vœux et ceux qui gravitent autour d’une structure sur laquelle grimpe une chamane, la multiplicité des vibrations suscitées par ce rituel imprègne alors durablement la scène.

 

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