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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 15:57

 

 

 

Comme une pierre qui...

 

Spectacle de Marie Rémond et Sébastien Pouderoux, d'après Greil Marcus

 

Avec Sébastien Pouderoux, Stéphane Varupenne, Christophe Montenez, Gabriel Tur, Hugues Duchêne, Gilles David

 

 

 D’un travail entamé avec ses complices Sébastien Pouderoux et Clément Bresson, Marie Rémond parvient, avec "Comme une pierre qui...", à renforcer le fil d'une thématique constante. De "Vers Wanda", qui s’articule autour de la figure de Barbara Loden, à "André" (déconstruction bouffonne de la trajectoire d’une star de tennis), la façon d’aborder des figures légendaires pourrait faire penser, de prime abord, à quelque entreprise de démythification ; ou du moins, en choisissant un angle d’attaque particulier, à une approche détournée.

 

 Le centre de "André" est à cet égard très révélateur : choisir le dernier match de tournoi international du tennisman pour en faire saillir son courage ultime (un match qu’il ne veut pas abandonner) et la révélation de la douleur dont il est perclus. L’étirement temporel participe ainsi d’une éternisation de l’instant.

 

 Il en est ainsi dans "Comme une pierre qui...", concentré sur une session d'enregistrement autour d’une des plus fameuses chansons de Bob Dylan : aller jusqu’au fond de la nuit de la répétition pour mieux faire sortir le bruissement du mythe et, en même temps, son caractère profondément laborieux.

 

 Cette séance, éclatée, éparpillée, pour tout dire hoquetante, vise, chez Marie Rémond et Sébastien Pouderoux, à aborder les personnages sous un angle inattendu, comme si, à la manière d’un cinéaste, ils utilisaient une caméra qui, par des travellings louvoyants, s’approchait en tâtonnant de ceux qu’elle veut révéler, tout en restant dans une bordure, à la lisière, dans une épaisseur ombrée.

 

 C’est ainsi que dans cette pièce, Bob Dylan ne se révèle pas tout de suite et, de toute façon, restera dans une sorte de présence-absence, d’affirmation et de disparition. L’homme qui crée est aussi envisagé dans une posture de délégation. Son passeur, c’est Mike Bloomfield, le guitariste, qui est chargé de parler aux autres musiciens. Dylan construit sa légende, mais avec une puissance d’effacement. La voix-off, grave, du producteur Tom Wilson (joué par un Gilles David bien plus vieux que le personnage réel) souligne la dimension paternaliste, destinée à étouffer la portée du personnage de Dylan.

 

 Quand André Agassi donnait l’impression d’être un pur produit de l’école de tennis de Nick Bollitieri, Dylan et les autres, dans cette pièce, semblent être emportés dans cette grille paternaliste, enveloppés dans une aura infantile, comme pilotés de l’extérieur par une voix surplombante.

 

 Passivité de Wanda, dépossession d’Agassi ; et dans "Comme une pierre qui...", le sentiment que la construction d’un mythe à travers une simple session musicale se fait par devers les personnages. Sébastien Pouderoux, qui interprète Bob Dylan au point d’être méconnaissable, va loin dans cette forme de désincarnation, de jeu feutré jusqu’à l’extinction : voix chuchotée, souvent inaudible, qui ne prend de valeur que lorsqu’il se met à chanter, en grattant sa guitare. Une sorte d’introversion qui le place dans une immaturité rendant difficile la communication. Jusqu'à ce que le personnage se projette dans une loghorrée étourdissante.

 

 Cette approche pour le moins iconoclaste trouve un équilibre remarquable, dans ce petit espace du Studio-Théâtre, en nous permettant de voir des comédiens épouser les rôles de musiciens avec une aisance confondante. Il en est ainsi de Stéphane Varupenne (Mike Bloomfield), qui donne à son personnage l’expressivité réaliste liée à son rôle de passeur, de meneur de groupe. Mais il faut saluer chez tous les comédiens cette qualité à épouser cette stature de musiciens, au point de nous immerger dans une passionnante session d'enregistrement de "Like a rolling stone".

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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