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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 16:04

 

                         Photo : Mohamed El Khatib

 

 

 

Finir en beauté

 

Pièce de et avec Mohamed El Khatib

 

 

 

 La question du deuil appelle souvent celle de la douleur. Que ce soit dans un dépassement ou une intériorisation, le travail qu’elle suppose place souvent un sujet entre tentative de reconstruction et menace d’effondrement.

 

 Pour Mohamed El Khatib, la gravité que suppose l’exposition à cette question n’a manifestement pas cours. Peut-être même que l’expression "travail de deuil", dans son acception psychanalytique, avec ce qu’elle implique en terme de durée et d’évolution, ne représente rien pour lui. En tout cas, avec ce spectacle, "Finir en beauté", qui a rencontré un succès à Avignon, c’est plutôt le sujet de la réitération d'une perte qui entre en ligne de compte.

 

 Ainsi, voir Mohamed El Khatib arriver dans une petite salle du Théâtre de la Cité Internationale, le sourire aux lèvres, comme s’il accueillait des invités, a de quoi surprendre. Mais cette décontraction apparente peut se révéler un déclic destiné à mettre le spectateur à l’aise face à un thème aussi chargé. Et cette légèreté, loin de se démentir, permettra à quelques rires de fuser.

 

 On ne peut même pas dire de "Finir en beauté" - titre en lui-même qui écarte toute dimension tragique – qu’il est un monologue. Quand bien même Mohamed El Khatib est seul présent devant nous, cela ne vise pas pour autant à se raconter. Le centre, ce n’est pas lui, mais bien sa mère, dont il s’engage à retracer le portrait non chronologique, et qui fut atteinte d'un cancer du foie. En évitant dans son approche toute dramatisation larmoyante, El Khatib donne une incomparable légèreté à son témoignage.

 

 En procédant à des allers-retours, s’appuyant sur des enregistrements, des dialogues projetés sur une télé, lisant plutôt qu’il ne joue, El Khatib livre un récit éclaté, où sa mère, mais aussi son père et ses sœurs nous apparaissent dans toute leur humanité, c’est-à-dire leur faiblesse. L’auteur n’est pas avare de moments désopilants, comme celui où il se porte volontaire pour aider sa mère lors d’une greffe du foie, propice à faire saillir un courage forcé. Il y a encore cette scène qu’il décrit, lors de l’enterrement de sa mère : un imam qui consulte son portable, et un orchestre qui savonne totalement l’exécution d’un morceau, conduisant un oncle à s’approcher à pas chassés pour finalement parvenir à réguler l’interprétation après un billet glissé dans la poche.

 

 Rien, au fond, dans ce récit, ne révèle l’attachement de Mohamed El Khatib pour sa mère, alors que pour elle, il était sans doute son enfant préféré. On peut rester surpris par cette distance, cette façon d’évacuer tout recours palpable à l’émotion. Mais ce détachement devient salutaire dès lors que le récit de la mort de la mère, à coups d’effets humoristiques, en dresse, in fine, un portrait pudique, en dessine des contours précis, matérialisés par cette photo finale, ultime hommage.

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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