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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 16:35
Photo : Georges Jumarie

Photo : Georges Jumarie

Le Pansori

 

Avec Ahn Sook-sun et Nam Sang-il, chant

Cho Yong-su, soribuk

 

 

 On commence à prendre l’habitude de voir, sur les scènes parisiennes, des représentations de Pansori, nommé de manière impropre ou pas, opéra coréen. La Maison des Cultures du Monde, avec son inlassable découverte de la culture du Pays du Matin Calme, nous a déjà donné l’occasion, et de belle manière, d’y assister. Un film comme "Le chant de la fidèle Chunyang", de Im Kwon-taek, a participé aussi de cette "démocratisation" du genre.

 

 Dans le cadre de l’année France-Corée, l’occasion était pourtant encore excitante d’assister à un genre rare. Si le Pansori est majoritairement interprété par une soliste femme, qui s’emploie, munie d’un simple éventail, à endosser des rôles différents, l’épisode présenté aux Bouffes du Nord avait un caractère exceptionnel. Il mettait ainsi face à face deux chanteurs : une femme, évidemment, Ahn Sook-sun, née en 1949, considérée comme une des grandes figures du genre, et son cadet de 30 ans, Nam Sang-il, qui fut même son élève.

 

 Mais voir ces deux artistes ensemble n’entraine pas pour autant un rapport de filiation. C’est sans doute pour cela que ce duo avait quelque chose d’exceptionnel, en contribuant à donner au Pansori un relief singulier, une souplesse narrative. C’est la beauté même de ce style, dont la source initiale est populaire – le chanteur de Pansori, itinérant, était alors envisagé comme un troubadour – et qui mêle, dans une intimité  renouvelée, la noblesse du chant (sa dimension opératique), et la vibration sautillante du récit.

 

 On reste saisis par cette ductilité frémissante de la voix des chanteurs. Leur raucité appelle aussi le maniement d’un texte qui flirte aisément avec la trivialité. Il en est ainsi de ce "Dit du palais sous la mer", sorte de conte nourri par un bestiaire, au centre duquel se trouve un roi-dragon, malade à force d’avoir bu. Désopilant par moments, le texte surtitré, admirable dans son déferlement d’images croquignolesques, n’hésite pas à distiller des expressions scatologiques, mentionnant explicitement les orifices.

 

 Et quand ces magnifiques chanteurs, sertis dans leur éblouissant costume, endossent des postures de comédiens, à grands renforts de gestes (l’éventail toujours), on a vraiment l’impression que le Pansori atteint une dimension proprement épique. Une expression vocale simplement soutenue par le gosu, le joueur de percussion soribuk. Ses ponctuations régulières par des onomatopées, indispensables (auquel le public est invité à participer) ajoute cette force rythmique au Pansori. Le coup sec du bâton alternant avec les frappes sourdes de la main gauche dessine un environnement sonore où la puissance le dispute à la finesse de la lecture de la narration.  Trois personnages seulement qui suffisent à dessiner un univers aussi scintillant que profond. 

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