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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 17:19

 

 

 

 

Les femmes générales de la famille Yang

 

Compagnie de théâtre Jingju de Beijing (Opéra de pékin)

 

 

 

 C’est Emmanuel Demarcy-Mota lui-même qui l’a dit, à la fin de la première du spectacle : cela fait plus de cinquante ans que le Théâtre de la Ville n’avait pas accueilli l’Opéra de Pékin sur sa scène. Si, en tant que directeur il est, bien entendu, autorisé à diffuser cette information, on notera, comme un paradoxe destiné à rendre relative la notion du temps, qu’il n’était lui-même pas né alors.

 

 Plus largement, il est assez rare d’assister à Paris à ce type de spectacle, à la veine éminemment populaire. Il est donc vraiment intéressant sur une scène vouée à la danse ou au théâtre contemporain, de voir s’exprimer des dizaines de chanteurs et d’acrobates. C’est d’ailleurs la rareté de ce genre de manifestation qui confère aux "Femmes générales de la famille Yang" un certain pouvoir de fascination. Celle-ci, liée avant tout à la splendeur visuelle exubérante des costumes, doublée d’une étrangeté des vocalisations, ne surgit pourtant pas de nulle part dans l’imaginaire des spectateurs.

 

 C’est même la capacité d’un tel spectacle à réactiver un contact non démenti avec la Chine qui se cristallise ici. Et c’est sans doute par le biais du cinéma qu’une familiarité s’est dessinée avec une certaine tradition chinoise. Que ce soit avec un film comme "Adieu ma concubine", de Chen Kaige, ou encore "Epouses et concubines", de Zhang Yimou, sans parler de la sortie récente en salles du sublime "A Touch of zen" de King Hu, des images de la Chine traditionnelle, faites de poudre blanche sur les visages, de costumes chatoyants, de finesse et d’élégance gestuelle, se sont définitivement inscrites dans nos rétines. Et c’est de les voir s’incarner sur scène qui leur donne une dimension autre, comme une force de jaillissement révélateur.

 

 La simplicité désarmante de l’intrigue (une armée de femmes, veuves ou filles d’officiers disparus, s’en va combattre des barbares venus de l’ouest), emmène très vite le spectacle vers ce qu’il doit être : un pur divertissement, agrémenté de quelques dialogues à la tonalité généralement humoristique. Comme dans le théâtre indien façon kathakali, ce divertissement est très codifié : chaque couleur a une fonction, comme le jaune pour représenter la souveraineté, et le port de chaque sujet permet d’identifier son appartenance, une voix grave faisant basculer tel homme vers une figure du mal.

 

 Mais loin de l’austérité du théâtre indien, cet opéra chinois imprime un rythme qui va aller grandissant, bien qu’extrêmement réglé, combats et acrobaties obligent. Dans ce foisonnement de mouvements et de couleurs, où les personnages marquent leur puissance, une scène délicatement drôle peut venir se glisser, comme celle du fils qui demande à sa mère de le laisser gagner leur joute. Vraie féerie visuelle, "Les femmes générales de la famille Yang" affiche, derrière le professionnalisme d’une troupe légendaire, la capacité de plonger le public dans un univers merveilleux.

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