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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 19:28

 

 

 

 

Hariprasad Chaurasia, flûte bansurî de l'Inde du Nord

 

Vivek Sonar, flûte bansurî ; Subhankar Banerjee, tabla, Bhawani Shankar, pakhawaj

 

 

 Quand Hariprasad Chaurasia se présente sur la scène du Théâtre de la Ville, devançant ses accompagnateurs, on est frappé par la rectitude de sa démarche. La stature de l'homme semble alors se confondre avec le rayonnement du grand musicien qu'il est. On sait pourtant que, derrière cette allure, Chaurasia, depuis des années qu'il vient pour un rendez-vous familier dans cette salle, n'adopte plus la position de tailleur, comme la majorité des musiciens. On l'a vu s’asseoir plusieurs fois sur le devant de la scène, en décalage avec ses acolytes, placés derrière. Cette fois-ci, il est aligné à leur niveau, car une sorte de creux a été aménagé, façon d'harmoniser flux musical et échange des individus.

 

 Mais, avant qu'il ne vienne s'asseoir, quelque chose frappe l’œil du spectateur : sa main gauche, celle qui lui permet de jouer les mélodies, précisément comme un gaucher, tremble légèrement. Et, à mesure qu'il se rapproche de sa position assise, on le voit qui tape de cette main sur sa cuisse, en donnant à la fois l'impression qu'il est dans un rappel de rythme, tout comme il chercherait à domestiquer ce tremblement incontrôlable. Ce moment très troublant connecte le spectateur familier du flûtiste avec une réalité à laquelle il ne pensait pas forcément en entrant dans la salle : Chaurasia vieillit, et les signes tangibles de ce vieillissement surgissent, par devers lui. Et une question lancinante se pose alors, pour son retour sur cette scène depuis sept ans : comment peut-il encore jouer ?

 

 Le doute est rapidement levé, à partir du moment où Chaurasia, assis, s'empare de sa flûte, attend que ses compères soient prêts. Lorsqu'il entame son premier raga, on a beau constater que l'ensemble bras-flûte produit encore quelques tremblements, la magie sonore opère très vite. C'est qu'avec l'incontournable alap (partie lente, introductive, fondée sur l'improvisation), le temps de la musique devient un temps où les notes s'installent peu à peu, sans fracas, sans savoir véritablement où l'on va, tant cela tient à une suspension du son. Chaurasia aura beau avoir des moments d'hésitation, ils se fondent parfaitement dans cette liberté mélodique, dans cet écoulement envoûtant. Sensation d'autant plus prégnante que Vivek Sonar - son soutien à la flûte bansuri, placé derrière lui, comme un élève qui apprend -, égrène quelques notes, incertaines, tente de se raccrocher aux sonorités du maître. Il porte sa flûte à la bouche, émettant quelques beaux sons dans un registre grave, créant un contrepoint intéressant, en évitant de répéter les phrases de Chaurasia.

 

 Outre la présence d'un second flûtiste, cela fait aussi un moment que Chaurasia s'accompagne d'un deuxième percussionniste, à côté de l'emblématique tabla. Dans le premier raga, c'est Bhawani Shankar, au pakhawaj, qui intervient. Instrument principalement dédié au style dhrupad (le plus méditatif de la musique de l'Inde du Nord), il prend ici une tournure singulière : avec ses frappes sourdes, moins axées sur la virtuosité, il crée une ambiance littéralement tribale de par son volume sonore impressionnant.

 

 La sensation est toute autre lorsque, dans le second raga (Jog), le tabla de Subhankar Banerjee entre en lice. Virtuosité des frappes, mais un sens aigü du rythme, doublé d'une subtilité dans la maîtrise des timbres qui culminent, comme souvent, dans le morceau de bravoure consistant pour le joueur de tabla à répéter les phrases émises par le soliste. Complicité, aisance dans la circulation des énergies,et sourires caractérisent souvent ce passage quasi obligé.

 

 Dans cet élan impulsé, Chaurasia manifeste de plus en plus d'aisance ; les doigts paraissent courir sur les cordes, comme s'il n'y avait plus qu'à se laisser guider par ce flux rythmique propre à la partie du raga où l'élaboration se fait plus savante (jor, jhala). Même Vivek Sonar, qui brodait ses notes dans l'ombre du maître, se fait plus discret, laissant Chaurasia se propulser vers des rivages sonores propices à l'ivresse. Il n'est plus dès lors question d'hésitation, le corps se nourrit de la mémoire des innombrables morceaux joués. La musique s'épand, inaltérable, dans un embrasement foisonnant de notes.

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