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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 20:58

 

 

 

 

Hommage à Choi Seung-hee

 

Yang Sung-ok, chorégraphie et danse, et son ensemble

 

Kim Jung, danse ; Kim Young-gil, cithare ajaeng, cymbales bara ; Nah Young-sun, hautbois piri et taepyeongso, tambour janggu ; Yu Kyung-hwa, tambour janggu , cithare cheolhyeongeum, gong jing

 

 

 On a du mal à l'imaginer de nos jours, mais Choi Seung-hee, à qui est dédié le beau spectacle du Festival de l'Imaginaire, fut une telle célébrité qu'elle remplissait le Théâtre National de Chaillot en 1939, avec une jauge de… 2600 places. Élève d'un chorégraphe japonais, navigant entre la Corée du Sud et du Nord, elle contribua au renouveau de la danse traditionnelle coréenne.

 

 Née en 1954, la danseuse Yang Sung-ok se charge de transmettre ce patrimoine, et c'est dans la belle salle du Théâtre Claude Levi-Strauss, au musée du quai Branly, qu'elle propose un large panorama de ces danses, dont certaines emblématiques du répertoire. C'est avec la pièce "Seugmu", interprétée par la jeune Kim Jung, que s'ouvre le spectacle. Appelée la "danse de moine", elle affirme de prime abord la nature de ces danses coréennes, où se mêlent noblesse de port et intériorité. Vêtue d'un large costume blanc, effectivement évocateur d'une tenue religieuse, Kim Jung se livre à une prestation délicate, ses bras, prolongés par des bâtonnets qui transparaissent à travers le tissu, se déploient lentement dans l'espace. Avec la forme évasée des vêtements, elle évoque un insecte, telle une mante majestueuse rompue à quelque exercice de lent délassement.

 

Avec la pièce suivante, "Geommu", la danse des épées, c'est Yang Sung-ok elle-même qui intervient. Si cette danse, à l'inverse de la première, semble plus folklorique, elle renvoie en tout cas à une forme ancienne d'exercice de sabre. La souplesse de Yang Sung-ok, dans son maniement virtuose d'épée, entre en écho avec la très belle danse des éventails interprétée plus loin par Kim Jung. Simplement, l'allure martiale de la danse des épées, ponctuée par des mouvements des pieds qui semblent emprunter à la tradition chinoise, donne une bouffée de légèreté à ce moment.

 

C'est avec "Binari", chorégraphiée par Yang Sung-ok elle-même, qu'on atteint un haut degré de raffinement. Ici se conjuguent grâce, lenteur, et délicatesse dans la manière de manipuler des pans de tissu. A l'origine danse chamanique de funérailles, "Binari" rend compte avec bonheur de cette transformation d'une forme ritualisée en attributs chorégraphiques modernes.

 

Tout cela, ne serait que délicatesse éthérée s'il n'y avait pas, en appui, une qualité musicale exceptionnelle. Yang Sung-ok s'est en effet entourée d'un ensemble dont on a pu déjà voir certains éléments à l’œuvre, particulièrement dans un style lui aussi issu des cérémonies chamaniques : le Sinawi. Basé sur l'improvisation, cette forme musicale exceptionnelle met en œuvre des instruments familiers des spectateurs du Festival de l'Imaginaire, comme la cithare ajaeng, jouée par Kim Young-gil. Avec son archet (mais aussi, plus rarement, en se servant de ses doigts), il arrive à créer une expressivité étonnante. Le son rêche, rendu par un frottement vigoureux des cordes - alors que la main gauche produit ses étonnantes vibrations -, installe une atmosphère aussi instable que troublante.

 

 A côté du son délicat du hautbois piri et du tambour janggu, on retrouve une cithare étonnante, assez récente dans la panoplie instrumentale coréenne, le cheolhyeongeum. Proche par sa sonorité de la slide guitar, voire de la guitare hawaïenne, elle est jouée par l'étonnante Yu Kyung-hwa, dont le visage évoque celui d'une poupée sortie d'un manga japonais. Munie d'un petit bâton qui lui sert à pincer les cordes de sa main droite, elle tient dans l'autre un cylindre qu'elle fait courir sur les cordes, produisant ainsi des variations inspirées.

 

C'est la même Yu Kyung-hwa qui, vers la fin du concert, troquera sa cithare pour livrer une prestation magnifique au janggu, percussion utilisée dans le Samulnori. Son aisance dans les frappes, ses accélérations avec la baguette qui la conduisent à frapper des deux côtés de la percussion, en font une grande musicienne rompue à des techniques de jeu pourtant très différentes. En écho assoupli à ce déchaînement percussif, la danse du tambour de Yang Sung-ok, toute en retenue, concluait ce beau spectacle, pour une traversée du temps aussi émouvante que dynamique.

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