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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 17:22

 

 

 

Les géants de la montagne

 

Texte de Luigi Pirandello

 

Mise en scène de Stéphane Braunschweig

 

Avec Dominique Reymond, John Arnold, Claude Duparfait, Marie Schmitt

 

 

 Des "Géants de la montagne", Luigi Pirandello voulait faire son chef d’œuvre. La pièce, foisonnante, pétrie d’onirisme et de poésie, resta inachevée. Articulée autour de l’arrivée d’une troupe de théâtre dans une région où vivent des géants, l’argument est superbe.

 

 Pourtant, au départ, dans l’adaptation proposée par Stéphane Braunschweig, au Théâtre de la Colline, cette histoire magique, qui confine au conte en flirtant avec le merveilleux, ne fait pas jaillir ses lumières tout de suite. C’est que, dans cette pièce, il y a beaucoup de monde sur scène. La rencontre entre les comédiens, emmenés par la "Comtesse" (Dominique Reymond) et Cotrone et ses "poissards" se fait à grands coups d’éructations, d’agitations, d’invectives, comme si chacun voulait marquer son territoire, en affirmant sa singularité, pour ne pas dire la bizarrerie de son identité.

 

 Une sorte de désordre des corps, liée aux mouvements incessants, à la variété et à l’extravagance des vêtements, empêche un temps l’attention à la langue. Dominique Reymond détonne dans son rôle de comtesse, et sa détermination à vouloir jouer "La fable de l’enfant échangé" de… Pirandello, se traduit par un jeu plein de fougue, tout en urgence et fébrilité.

 

 Pourtant, il ne faudra pas longtemps pour que la pièce se pose, pour qu’enfin la langue de Pirandello laisse saillir ses joyaux poétiques, notamment par un recentrement autour de quelques figures. Cela tient principalement à cette invitation faite par Coltrone aux comédiens à pénétrer dans un monde dont il serait l’éclaireur. Avec sa figure de magicien, c’est à un lacher-prise auquel il convie les comédiens.

 

 Une posture de réenchantement du monde, dans un contexte historique menaçant (celui du fascisme de Mussolini) qui fait des "Géants de la montagne", une pièce assez utopique. Cette volonté de s’arracher de la réalité ne repose pas pour autant sur la constitution d’un nouveau monde, mais plutôt sur l’affirmation des immenses possibilités du rêve. Coltrone invite en effet à expérimenter, à se jeter dans les filets grisants de l’imaginaire.

 

 C’est Claude Duparfait qui donne à la parole de Coltrone un dynamisme salvateur. Dans ses longs monologues, dont bon nombre de phrases sont construites comme des maximes, il insuffle une vitalité bienveillante, prolongée par une expression corporelle souvent sautillante, comme pour éviter d’écraser ses partenaires.

 

 Cette parole est prolongée par la mise en scène de Stéphane Braunschweig. Simple et discrète (une structure circulaire d’où surgissent des comédiens), elle laisse peu à peu la place à certains effets destinés à rendre compte de cet aspect onirique. Ouverture qui débouche sur la très belle séquence d’animation, où des personnages sont suspendus en l’air.

 

 S’il est difficile pour tous les comédiens de briller dans cette histoire où une parole prend le pas sur d’autres, on note le beau monologue de Daria Deflorian, en italien. Et l’énergie commune dégagée par cette poussée vers l’imaginaire donne à cette pièce un élan réjouissant. Et d’entendre les pas des géants – telle une menace sourde, métaphore possible de l’avancée du fascisme - provoque ce supplément d’inquiétude qui fait des "Géants de la montagne" un moment toujours aussi vibrant.

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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