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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 13:45

 

 

 

 

Primera carta de San Pablo a los Corintios Cantata BWV 4, Christ lag in Todesbanden. Oh, Charles !

 

Texte et mise en scène d'Angélica Liddell

 

Avec Victoria Aime, Angélica Liddell, Sindo Puche (en alternance avec Borja López et Ugo Giacomazzi)


 

 Même sans avoir vu "La maison de la force", qui l'aura révélée en France, on connaît désormais l'ahurissante capacité théâtrale d'Angélica Liddell. Grande performeuse, figurant au centre de ses pièces, on attend désormais d'elle, sous couvert de scènes scandaleuses (sa précédente pièce "You are my destiny" était déconseillée aux moins de 16 ans) qu'elle aille toujours plus loin.

 

 "Primera carta de San Pablo a los Corintios" (Premier épître de Saint-Paul aux Corinthiens), inscrit dans une trilogie, déjoue un peu cette attente. La pièce, dès son entame, adopte un ton résolument sobre. C'est même un silence pesant qui s'y fait sentir, doublé d'une "pauvreté" scénique : un sol recouvert par un tissu rouge, deux comédiens qui investissent la scène en s'exprimant littéralement comme dans une chanson de gestes. Certes, ces gestes font immédiatement signe : les mouvements de la jeune femme, relayés par cet homme complètement nu qui avance tel un somnambule, installe l'ambiance très clairement religieuse. Dans leur échange silencieux, il est question de don, d'attente. Des mouvements, des mains tournées vers soi disent à quel point une demande se formule.

 

 Très vite, les symboles religieux apparaissent dans la pièce, amplifiant la notion de partage : une mystérieuse valise de laquelle on sort un verre, symbole d'un breuvage mystique ; l'homme en lui-même, incarnation à peine voilée d'une figure divine. Dans cette entrée en matière pour le moins apaisée, Angélica Liddell jette soigneusement, précautionneusement, les traces de son mysticisme. Le seul regard auquel le spectateur peut alors se raccrocher, c'est celui de cette Vénus allongée de Titien, émanant du tableau en fond de scène.

 

 Pendant un instant, le plateau reste nu, les deux comédiens ayant disparu. Retentit alors "Call me", le tube de Blondie, qu'on ne peut s'empêcher, a posteriori, d’envisager comme un clin d’œil thématique dans "Primera la carta de San Pablo a los Corintios". Car dans cette pièce fondamentalement plus intimiste d'Angélica Liddell, à la surprenante immobilité, tout va tourner autour d'une tension mystique, articulée autour d'un incessant appel à une figure divine, dont la comédienne va se charger d'incarner toutes les tendances.

 

 Seule sur scène, littéralement drapée d'une robe rouge, dont le flamboiement embrasse toutes les potentialités désirantes, Angélica Liddell évoque aussi bien une héroïne romantique éperdue qu'une Sainte Thérèse d'Avila prise dans une extase mystique, à la manière de la sculpture d'un Bernin. En s'appuyant sur un long extrait sonore des "Communiants", d'Ingmar Bergman, renforcé par la lettre de la Reine du Calvaire au Grand Amant, la comédienne accomplit son propos sur la divinisation de l'amour. Son monologue, à ce moment semble passablement assagi, loin en tout cas de l'intensité époustouflante de "Tout le ciel au-dessus de la Terre (le syndrome de Wendy)".

 

 Pourtant, un renversement s'opère, révélateur de la division profonde du personnage, lorsqu'il devient soudain question de non-croyance. Et là, dans une sorte d'hystérisation douloureuse du corps, exprimant l'indécision de l'être, Angélica Liddell livre une performance physique impressionnante uniquement axée sur des secousses incontrôlables. Ce jeu vibrant, qui mène soudain le corps vers une échappée irrespirable, restitue la sidérante capacité de Liddell à habiter une scène à elle toute seule.

 

 Le dernier mouvement de la pièce, qui voit arriver une pléiade de femmes nues venir s'agréger autour de cette figure incarnée par l'homme nu, jette sur la pièce un climat particulier, dont la picturalité évoque certains tableaux flamands anciens. Pas le plus confortable, lorsqu'on y voit le sang couler, mais le discours mystisque d'Angélica Liddell ne pouvait que s'amplifier en prenant cette allure un peu grandiloquente. Mais "Pimera carta de San Pablo a los Corintios", par sa tonalité globalement sobre, reste sans doute l'une des pièces les plus révélatrices de la créativité de la metteuse en scène espagnole.

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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