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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 22:38

 

            Photo : Vincent Pontet

 

 

Gala

 

Spectacle de Jérôme Bel

 

Avec (en alternance) Taous Abbas, Cédric Andrieux, Michèle Bargues, Ryo Bel, Coralie Bernard, La Bourette, Vassia Chavaroche, Houda Daoudi, Raphaëlle Delaunay, Diola Djiba, Shadé Djiba, Sheila Atala, Nicole Dufaure, Chiara Gallerani, Nicolas Garsault, Lola Gianina, Stéphanie Gomes, Marie-Yolette Jura, Salvador Kamoun, Akira Lee, Aldo Lee, Françoise Legardinier, Magali Saby, Marlène Saldana, Oliviane Sarazin, Frédéric Seguette, Marceline Wegrowe

 

 

 

 Dans le champ de la chorégraphie contemporaine, Jérôme Bel reste au fond une énigme, alors même que "Gala", qui s'inscrit dans une continuité, se signale par une lisibilité extrême. Un temps, on aurait pu croire que ce geste artistique, depuis au moins "The show must go on", participait d'une démarche critique, post-moderne, en ce qu'il prendrait la danse comme un moment particulier de l'histoire avant d'en retourner ses effets, de façon distanciée et analytique.

 

 Force est de constater que, dans son approche conceptuelle, Jérôme Bel propose des spectacles qui ont la force de la simplicité. Mais, surtout, en traçant un sillon que peu emprunteront, il assoit de plus en plus un style, marqué par un retrait personnel, et l'affirmation d'autres trajectoires. Sa démarche, qui consiste à vouloir extirper du champ du professionnalisme des comportements communs, identifiables par tous, ramène le spectateur à un degré de familiarité qui, les barrières esthétiques s'écroulant, favorise une identification.

 

 Si "Gala", à l'image du superbe "Disabled Theater", met en avant des personnes qui ont rarement accès à la scène (en l’occurrence des handicapés mentaux dans le second), il s'en détache un peu en mêlant, sur un mode démocratique, des amateurs aux expériences variables. C'est ainsi que sur scène apparaît Cédric Andrieux, danseur émérite, qui était au cœur d'un des plus beaux spectacles de Jérôme Bel "Cédric Andrieux". De cette biographie qui lui était consacrée à "Gala", la position n'est plus la même, Andrieux se fondant dans la masse des amateurs et professionnels méconnus de ce dernier opus.

 

 Qu'on ne s'y trompe pas : si démocratisation, dans "Gala", rime avec multiplicité des corps en présence, l’intérêt de la pièce repose essentiellement sur la capacité de chacun à générer un corps singulier. En cela, la partie la moins intéressante de "Gala" reste la "valse", en ce que la figure de la valse, répétée et enfermée dans des duos successifs, produit finalement le même effet de reconnaissance. Ça tourne en rond, en quelque sorte.

 

 D'un autre côté, dès l'entame de "Gala", avec la partie "ballet", si le spectateur, face aux propriétés physiques de chaque protagoniste, se demande comment ils vont s'y prendre, c'est bien parce que la question primordiale qui sous-tend chaque passage, c'est celle-ci : comment, avec sa propre présence corporelle, on va aborder une figure éprouvée de la danse ? Et c'est d'abord, dans une série d'exercices, que Jérôme Bel en appelle à ces différentes présences de manifester leur potentialité. On ne réagit pas de la même façon, avec "Billie Jean", le tube de Michael Jackson, suivant que son "moonwalk" est proposé par un petit garçon, une femme d'un certain âge, par une danseuse plus chevronnée, ou une jeune femme en fauteuil roulant.

 

 Passés ces moments d'expérimentations de figures imposées, c'est la partie suivante, la plus longue, qui rend le spectacle véritablement passionnant. Cela devient affaire d'expression qui n'est plus vraiment portée par l'exercice de style. Dans cet élan d'accomplissement singulier qui fonde "Gala", les danseurs sont appelés à se manifester individuellement et à entraîner les autres dans leur manière à eux. Une antillaise – et c'est presque un cliché – convie les autres à zouker, un homme jusque-là discret dans son allure d'indien se lance dans un trip hard rock, une petite fille, dans ses déplacements tranquilles, embarque les autres jusqu'à flirter avec les rideaux sur les côtés.

 

 Deux autres moments se distinguent de cette valorisation de l'expressivité individuelle : la jeune handicapée qui quitte son fauteuil roulant et, par terre, se livre, telle un serpent à peine éclos, à quelques mouvements souples, que les autres suivent avec bienveillance. Mais surtout, une danseuse, qui ne se distinguait pas jusqu'alors, s'empare d'un bâton du genre utilisé par les majorettes, et avec une grande virtuosité, s'engage dans des mouvements maîtrisés, que les autres, et on le comprend, peinent à suivre, munis eux aussi de leur bâton. C'est véritablement hilarant, car la dispersion créée (comme un petit garçon qui craint de recevoir le bâton qu'il lance en l'air) produit un écart radical entre celle qui est concentrée dans son épanchement technique et ceux qui, en deux groupes, tentent de l'imiter.

 

 C'est cette différenciation entre gestes accomplis et balbutiements techniques, qui rend "Gala" si touchant. L'imperfection se frottant à l'expérience, la virtuosité au tâtonnement : de tout cela émerge un spectacle qui a beau suivre un schéma formel évolutif (nécessaire, sans quoi la scène serait gagnée par le chaos), mais d'où ne découle aucune démonstration formelle. On a juste le sentiment réjouissant que ce partage par une multitude d'individus, constamment ouverte, propage dans la salle de belles expériences.

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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