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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 21:43

 

                               Photo : Guido Mencari

 

 

 

Orestie (une comédie organique ?)

 

De Romeo Castellucci, d'après Eschyle

 

Avec Loris Comandini, Giuseppe Farruggia, Marcus Fassl, Carla Giacchella, Antoine Marchand, NicoNote, Marika Pugliatti, Fabio Spadoni, Simone Toni, Georgios Tsiantoulas

 

 

 

 1995-2005 : cela fait donc 20 ans que "Orestie (une comédie organique ?)" a été présenté pour la première fois au public et la tendance, lorsqu'on le découvre, serait de se dire : quelle modernité, avant de se demander de quoi participe exactement cette modernité. On se doute par ailleurs que pour Romeo Castellucci, reprendre une telle pièce en forme d'anniversaire n'a tout simplement pas de sens, tant tout ce qui fonde l'esthétique de cette œuvre va à l'encontre même de cette démarche.

 

 Car si l'on part du titre de la pièce, l'important est sans doute, plus que ce qui renvoie à Eschyle, dans ce qui est mis entre parenthèse sous forme interrogative. Faire d'une œuvre non seulement un questionnement, qui balaie ainsi toute notion d'achèvement, mais fonder sa puissance créatrice sur les possibilités infinies de la mise en scène. C'est ainsi que l'Orestie de Castellucci, à l'inverse d'une autre adaptation-fleuve fameuse (celle d'Ariane Mnouchkine), procède par retranchement, comme si, pour envisager cette œuvre fondatrice du théâtre antique, il fallait l'aborder par coupe, synthèse, artisanat.

 

 Si la mise en scène de Castellucci fascine dès l'abord, c'est par cette impression de capharnaüm qui règne sur scène. Objets qui flottent, tirés par des fils. Une esthétique du chaos renforcée par ce rideau fin devant la scène qui vient jeter un voile sur la perception du spectateur, comme si celui-ci était arrivé par inadvertance devant un chantier ; placé face à un spectacle en cours d'agencement, dont il ne saisirait que des bribes.

 

 Avec cette hybridation d'objets composites, de corps (un ensemble de jouets pour chœur, face à la masse imposante de Clytemnestre, minceur des comédiens jouant Oreste et Pylade, un Agamemnon joué par un trisomique), l'Orestie de Castellucci met en œuvre une sorte de théâtre de la cruauté, en comparaison avec Artaud. Castellucci, avec l'appui de machines (traduisant chez lui une obsession de la mécanique) fait intervenir des animaux (chevaux, singes), jusqu'à cette scène inconfortable d'une chèvre suspendue dont le corps est ouvert par un mécanisme régulier.

 

 Si on a également comparé le théâtre de Romeo Castellucci au cinéma de Carmelo Bene, bien des aspects l'en distinguent : la lenteur de "Orestie (une comédie organique ?)" participe d'une liturgie opératique, là où chez Bene le montage précipité de ses séquences instille un inconfort visuel permanent. Mais on trouve bien chez eux des traits formels foncièrement iconoclastes. A partir de là, Castellucci – et il l'a montré dans son approche du "Sacre du printemps" ou dans la mise en scène de "Moïse et Aaron" - s'achemine de plus en plus vers l'impalpable, donnant à ses spectacles une aura nébuleuse. En cela, son Orestie apparaît bien comme l’œuvre irréductible et étonnante d'un jeune metteur en scène dont le souffle radical vient de nouveau se répandre sur le théâtre contemporain.

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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