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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 22:13

 

 

 

 

Au-delà des montagnes

 

Film de Jia Zhangke

 

Avec Zhao Tao, Jing Dong Liang, Zhang Yi
 

 

 

 De moins en moins évidente, la trajectoire de Jia Zhangke, qui nous avait offert des fictions sociales, ouvre sur des horizons plus ambitieux. Ces dernières années, après un film de commande (I wish I knew), s'est installée la fureur de "Touch of sin", avant de prendre avec "Au-delà des montagnes", une tournure franchement romanesque.

 

 "Touch of sin" avait surpris, avec, à travers la hargne justicière de son personnage principal, une fiction lisible, sous forme de sketchs, moins subtile mais généreuse. Derrière ce mouvement de révolte impulsé par un seul personnage, ce sont tous les thèmes de la critique sociale qui y étaient brassés, en vue d'une cartographie de la Chine actuelle, où la corruption règne.

 

 "Au-delà des montagnes" poursuit ce geste en l'inscrivant dans un écrin sentimental. Si cette optique peut surprendre de la part de Jia Zhangke, elle ne l'empêche pas de tisser cette fiction toujours sur une toile de fond sociale, même si, à travers des oppositions très marquées, il frise une sorte de manichéisme. C'est ainsi qu'autour de Tao (Zhao Tao, égérie et compagne de Jia Zhangke), gravitent deux hommes, Zang et Lianzi, amis d'enfance, amoureux d'elle. Quand Zang devient un homme d'affaires confirmé au point de parader avec sa voiture, symbole d'ascension sociale, Lianzi travaille dans une mine de charbon. A l'un la rutilance de la société de consommation, à l'autre la pénombre qui finira par avoir une atteinte sur sa santé.

 

Opposition schématique, certes, mais qui portée par des comédiens convaincants, parsème le film d'un lyrisme sentimental. Lianzi, dans sa résistance mutique à toute compromission, touche à travers le jeu de l'acteur Jing Dong Liang. Dans ce mouvement romanesque, quelques scènes détonnent, comme celle, surréaliste, où l'on voit un petit avion venir s'écraser à quelques mètres de Tao (comme métaphore d'un personnage à l'intériorité totalement secouée par son balancement entre deux hommes, on ne peut pas imaginer mieux) ; avion encore, quand l'un atterri sur une aire qui détonne par rapport à l'environnement désert. Que le Kazakhstan soit cité dans le film, à travers sa capitale, témoigne de cette évolution grandiloquente de certaines villes, où le modernisme crée un grand écart avec un mode de vie plus traditionnel.

 

Peut-être que cet écart suffisait largement à rendre compte des mutations de la Chine contemporaine. Dans son dernier mouvement (projection dans un futur supposé être pas si lointain, 2025, où la technologie entraîne une déshumanisation des individus), Jia Zhangke a voulu un peu trop appuyer son propos, pour rendre compte de la perversion des individus par l'argent (le fils de Tao se dénomme Dollar et ne parle pas chinois), qui plus est en opérant un déplacement géographique majeur (en Australie). Avec cette fresque à l’américaine, qui rend l'ensemble bancal, Jia Zhangke laisse le spectateur un peu perplexe. On sait à quel point il peut livrer un point de vue puissant sur une Chine en mouvement, comme dans "Still life", et on attend de retrouver cette inspiration, qui chez lui devient plus erratique.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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