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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 11:25

 

 

 

 

Density 21.5 / Dialogue with Rothko

 

Chorégraphies de Carolyn Carlson

 

Avec Carolyn Carlson, Isida Micani, danse ; Jean-Paul Dessy, violoncelle, Timon Nicolas, flûte

 

 

 Inamovible. L'expression pourrait paraître étrange, appliquée à une artiste dont l'essence est d'être dans le mouvement. Mais à voir Carolyn Carlson sur la scène du Théâtre National de Chaillot, force est de constater que, quelque part, l'emprise du temps n'a pas lieu chez elle. Cette impression-là passe bien sûr par le corps, longiligne, qui semble n'avoir pas évolué, soumis à aucun affaissement, se déployant encore dans l'espace, avec cette faculté miraculeuse de maintenir, dans chaque geste, cette légèreté légendaire.

 

 On a pourtant le sentiment, même avec "Dialogue with Rothko", création récente, qu'on ne peut plus rien apprendre de la danse de Carolyn Carlson, tant ses mouvements saccadés, anguleux, restent sa marque de fabrique. Inamovible. Mais forcément, avec cette chorégraphe fameuse, née en 1943, l'attention se déplace ailleurs. Précisément vers ce corps visuellement intact. Quand, au début de "Dialogue with Rothko", elle se présente dos au public, les plis que l'on y voit, gages de la réalité du vieillissement, ne renseignent en rien sur une orientation différente que prendrait sa danse. Ne reste plus qu'une vision propre à susciter une émotion spécifique, liée à l'inexorable passage du temps.

 

 Tout au plus pourrait-on se dire que cette présentation de dos manifesterait une amorce pudique d'un corps sur la scène d'un théâtre, comme une façon d'extirper progressivement celui-ci de la nuit du souvenir pour l'exposer à nouveau à la lumière de la scène. Dès lors, on comprend l'option de Carolyn Carlson consistant à ouvrir son univers en convoquant la figure de Mark Rothko. Le dialogue en question, il se tisse autour d'une table, vers laquelle elle revient régulièrement, instaurant un discret échange, son écriture étant reproduite sur un écran derrière. Non pas que cette référence installe sur la scène un rapport puissant, simplement il ouvre un champ imaginaire, accompagné par les textes en voix-off de la chorégraphe.

 

 Au fond, le vrai dialogue, palpable dans "Dialogue with Rothko", c'est avec Jean-Paul Dessy qu'il s'opère. Auteur de la musique, juché sur une chaise avec son violoncelle, il égrène une partition répétitive, collant avec l'univers minimaliste de Carolyn Carlson. Seulement, les notes qu'il tire de son instrument, passant du grave à une tonalité plus ténue, enveloppent l'atmosphère d'une aura mélancolique. Une répétitivité qui atteint à d'autant plus de profondeur que certains morceaux joués sont ensuite répétés (alors que Dessy continue à jouer), dessinant une ambiance envoûtante.

 

 Si "Dialogue with Rothko" est le dernier solo de Carolyn Carlson, il est précédé de "Density 21.5", créé il y a plus de quarante ans, sur la musique d'Edgar Varese. Si l'intention de rendre l'amplitude de la création de la chorégraphe américaine est évidente, le fait de voir la pièce dansée par Isida Micani ajoute à ce sentiment d'une nécessaire transmission. Placée sur le devant de la scène, un panneau cachant toute profondeur (comme pour mettre l'accent sur l'instant présent, hors mémoire), elle exécute cette danse où s'exprime une tension entre équilibre (une jambe souvent levée) et déséquilibre (ses déplacements latéraux sur un pied marquant ce vertige de la reprise d'appui). Légers tremblements, comme un point d'appui entre passé et présent, condition d'une danse toujours en mouvement.

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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Thierry 09/02/2016 22:50

merci de la part du biographe de Carolyn, également sur overblog http://www.thierry-delcourt.fr/

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