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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 22:53

 

 

 

 

My mothers and I

 

Spectacle de et avec Chankethya Chey, danse

 

 

 

 Du Cambodge, peu d'images parviennent sous nos latitudes. En matière de danse traditionnelle, si le Ballet Royal du Cambodge a déjà eu droit de cité, le style khmer est masqué par les danses thaïlandaises, qui en sont pourtant, sur le plan formel, une émanation directe. Pour Chankethya Chey, danseuse et chorégraphe, présente pour la première fois sur une scène européenne, il ne s'agit pourtant pas de se faire l'ambassadrice de cette danse pluri-centenaire.

 

Quand Chankethya Chey apparaît sur la scène du Tarmac, ce n'est pas en dansant, mais en chantant. Signe d'annonce que le spectacle proposé n'est pas axé uniquement sur la chorégraphie, dénotant de prime abord une approche plus discrète. La veine intimiste du spectacle est au fond déjà inscrite dans le titre : autobiographique, il vise à rendre compte, par le prisme d'un récit où la parole est décisive, d'un parcours personnel. Au centre de l'itinéraire de la danseuse-chorégraphe figure donc sa mère, sa professeure de danse et (troisième figure maternelle) sa terre natale, le Cambodge.

 

Bien sûr, la danse en tant que telle est bien présente dans "My mothers and I", mais elle est toujours prise dans le moule de ce récit qui retrace quelques moments de la trajectoire de la danseuse, notamment les cours dispensés par sa professeure âgée. Il faut voir Chankethya Chey incarner cette vieille femme pliée, le doigt tendu comme une injonction, manière d'asséner la leçon à accomplir. Une figure qui à elle seule semble dépositaire de tout le poids de la transmission.

 

La restitution verbale du récit prend un tour souvent incantatoire, de par la répétition des formules, des chiffres, appuyés par une musique aux sonorités hybrides, entre tradition locale et modernité occidentale. En ayant commencé à danser dès l'âge de 5 ans, Chankethya Chey sait à quel point l'apprentissage précoce laisse des traces prégnantes dans la mémoire, aux confins du traumatisme. Cela est d'ailleurs rendu de façon encore plus directe avec l'évocation de la mère, obsédée par l'idée que sa fille soit suffisamment couverte, prise qu'elle est par le souvenir d'une femme agressée.

 

Racontée en anglais, mais traversée par quelques phases où des situations sont évoquées en khmer, "My mothers and I" révèle aussi le corps de Chankethya Chey comme embarqué dans une dynamique chorégraphique contradictoire : si les gestes caractéristiques de la danse khmère sont bien présents (magnifiques et délicates torsions des mains, mouvements au sol, glissant sur les genoux), ils sont pris dans un flux d'intensité où d'autres gestes plus parasites, brusques, vifs, incontrôlés, visent à rendre tout le trouble lié à la façon de raconter une histoire adossée  à des moments traumatiques. Tout cela en fait un spectacle attachant, dont l'arrière plan historique est restitué avec une belle légèreté par Chankethya Chey.

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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