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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 21:31

 

 

 

 

The assassin

 

Film de Hou Hsiao-hsien

 

Avec Shu Qi, Chang Chen, Zhu Yun, Ni Dahong

 

 

 

 Après huit ans d'absence, on attendait avec d'autant plus de curiosité le nouveau film d'Hou Hsiao-hsien que son thème avait de quoi interpeller, voire laisser à priori perplexe les amateurs du maître taïwanais : la figure d'une femme chargée par une nonne d'éliminer des adversaires. Lorgnant du côté du "wu xia pian", le film de sabre chinois, "The assassin", ne manque pas de susciter des interrogations quant à son exploitation par Hou Hsiao-hsien.

 

 Ce genre, universellement connu désormais, a permis le retour flamboyant d'un de ses plus illustres représentants, Tsui Hark, avec Détective Dee, alors que précédemment, c'est ni plus ni moins "Tigre et dragon", d'Ang Lee, qui avait largement contribué à populariser le genre auprès du public occidental, à coup d'élégance glamour.

 

 Quant à la figure féminine principale du film de Hou Hsiao-hsien, elle est loin, en soi, d'être originale : King Hu, avec  "L'hirondelle d'or" en 1966, avait déjà jeté les bases d'un personnage féminin héroïque, avant son chef-d’œuvre "A touch of zen". Mais, on s'en doute, le but de Hou Hsiao-hsien n'est ni de se confronter à ces figures éminentes du wu xia pian, ni de faire table rase. Et si d'aucuns redoutaient qu'il baigne dans cette atmosphère du film d'action, force est de constater que sa proposition, originale, tout en puisant dans un champ culturel chinois, a peu à voir avec le tout venant du cinéma chinois.

 

 Au fond, par son rythme, qui combine statisme et élans fulgurants, "The assassin" se rapprocherait plutôt du style chambara japonais, voire d'un chef-d’œuvre comme "Hara-kiri", de Masaki Kobayashi, qui détourne le film de sabre pour le porter à un degré rare de profondeur métaphysique. On est loin ici de la virtuosité des scènes de combat, dont Yuen Woo Ping aura été le fer de lance, mais proche de cette alternance à la japonaise où l'immobilité, l'attente, littéralement envisagées comme phases méditatives, débouchent sur des éclairs de violence, en de pures lignes graphiques, abstraites.

 

 En cela, par son atmosphère indolente, le mutisme qui le traverse, "The assassin" laisse le champ pour que jaillisse une profondeur mélancolique. Pour Nie Yinniang (Shu Qi), mue par un tiraillement entre ses missions meurtrières et une attirance pour son cousin et ancien fiancé Tian Ji’an, le parcours, fait d'apparitions et de disparitions, de présence fulgurante autant que d'évanescence, se traduit par une présence singulière. Littéralement enveloppée d'une aura fugace, elle revêt un peu l’étoffe des fantômes, n'ayant véritablement de place nulle part. Ce jeu de montré-caché est rendu dans une scène sublime (la plus belle du film, sans doute), où elle épie à travers de fins rideaux, lesquels, par un léger balancement dû au vent, donnent l'impression de se dissoudre.

 

 Scène d'une vraie splendeur esthétique qui montre que chez Hou Hsiao-hsien, la beauté ne vise en rien à épater, mais se frotte, comme ici, à la question de la disparition. Et contrairement à d'autres cinéastes chinois chez qui le paysage, rendu dans sa beauté fugitive, est complètement associé aux scènes de combat, le cinéaste taïwanais privilégie une vision apaisée, où le paysage prend une coloration romantique, comme s'il était le fruit d'une représentation intériorisée, l'émanation de l'âme mélancolique de Nie Yinniang.

 

 Personnage fantomatique, ourlé d'ombre et qui, dans une sorte de mouvement onirique, va aller jusqu'à affronter une autre forme inquiétante, fantasmatique, masquée, qui serait comme son double. Manière de renforcer, chez cette figure errante, le sentiment d'être constamment dans une bordure, un écart existentiel.

 

 A certains égards, le film peut paraître opaque, car derrière les jeux de pouvoirs qui s'y tissent, initiés à travers des affrontements, on reste dans un cadre globalement intimiste, avec des fils narratifs distendus. Film de hors-champ, où les clameurs restent étouffées, les expressions intériorisées, "The assassin" est à prendre comme un chant funèbre, telle une méditation chuchotée.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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