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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 23:42

 

 

Un jour avec, un jour sans

 

Film de Hong Sang-soo

 

Avec Jung Jae-young, Kim Min-hee, Yoon Yeo-jeong, Gi Ju-bong

 

 

 Vrai défi que de s'atteler à une critique d'un film de Hong Sang-soo, tant l'univers de ce maître es-variation semble toujours tissé des mêmes thèmes. Bien évidemment, "Un jour avec, un jour sans" ne déroge en rien à cette règle. Soit l’incontournable figure de cinéaste, ici Ham Cheon-soo, venu à Suwon, une ville proche de Seoul, pour y présenter son dernier film. Mais comme il vient avec un jour d'avance, sa disponibilité (sa vacance) si essentielle dans le cinéma de Hong, permet une fois de plus de tisser le fil d'une matière rêvée, en une toile onirique dans laquelle vient se greffer une jeune femme, Yoon Hee-jeong, peintre sans amis.

 

 C'est ainsi que le désir, chez Hong Sang-soo, prend appui sur une dimension fantasmatique, où les projections désirantes (révélées ici par la voix off de Ham Cheon-soo) permettent de creuser l'écart entre la réalité et le rêve et par là, de créer un tiraillement au sein de l'individu, tiraillement propice à générer des effets de distorsion comiques. Ham Cheon-soo est un cinéaste célèbre ? Mais il faudra qu'il dise son nom à la jeune femme, qui le reconnaît en somme, mais sans jamais avoir vu un de ses films. Célébrité battue en brèche encore par le critique, qui invite Ham Cheon-soo à répondre rapidement à sa question qui, elle, s'éternise.

 

 On le voit, cette immaturité profonde des personnages masculins chez Hong Sang-soo (qui les rapproche de celle des héros burlesques) les amène à se doter de vertus qu'on peine à déceler. Si le marivaudage chez le cinéaste coréen a cet effet aussi sensible, c'est aussi parce que dans chaque film, à l'instar de la naissance de n'importe quelle histoire, un personnage, dans son approche des femmes, s'immerge dans l'expérience du désir comme si c'était la première fois. D'où, encore et toujours, comme ici, ces scènes dialoguées extrêmement longues, où la parole, vecteur de la séduction, travaille à donner un contour tangible au désir, comme un sculpteur pétrit sa matière à partir d'une idée.

 

Il y a peut-être encore plus dans "Un jour avec, un jour sans", qui ajoute au trouble renouvelé de l'univers de Hong Sang-soo : l'idée que le désir, forgé à coups de belles paroles servant à constituer le sujet comme objet du désir, ne permette plus de tracer une ligne de frontière précise avec la seule notion de fantasme. Et, comme toujours chez Hong Sang-soo, c'est autour de ces inénarrables scènes alcoolisées que se produit une bascule, comme s'il fallait passer par une perte de soi, de la conscience d'un désir fabriqué, pour accéder au frisson incontrôlé qui permet de faire advenir du lien.

 

Et la patiente construction du désir, issue de la conjonction du fantasme suscité par une simple pulsion scopique et de la disponibilité existentielle, n'empêche pas la fragilité de ces châteaux de carte illusoires. Le renversement de la deuxième partie, en forme de variation inscrite dans la variation, apporte son lot d'incessante relativisation de la construction de ce désir : quand dans une première partie, Ham Cheon-soo loue les qualités de peintre de Yoon Hee-jeong, dans la deuxième partie, la même scène qui la voit peindre procède d'un éreintement. Séquence clé qui vise dans cette répétition moins à livrer une approche théorique qu'à rendre fluctuante, incertaine, toute approche relationnelle. Chez Hong, rien ne se fixe, et les incessantes tentatives d'approche de l'autre, en se soldant de moins en moins par des liens effectifs, laissent d'imperceptibles traces d'évanescence.

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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