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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 14:20

 

 

 

Mille batailles

 

Conception et chorégraphie de Louise Lecavalier

 

Avec Louise Lecavalier et Robert Abubo

 

 

 

 Vrai phénomène scénique, tant en terme d'endurance que de vitesse d'exécution, Louise Lecavalier promet, à chacune de ses interprétations, de reconduire la sidération du spectateur devant ses prestations. Car, en matière de danse, on a beau être confronté à la virtuosité, tant chorégraphique que physique, avec Louise Lecavalier, un registre supplémentaire s'installe, une manière de persistance d'un corps rompu à déployer une énergie folle, quand bien même il aurait été en proie à de sérieuses blessures.

 

 Avec "Mille batailles", Louise Lecavalier poursuit un travail de création plus intimiste, apparaissant au départ seule sur scène, avec en accompagnement la musique live d'Antoine Berthiaume. Vêtue tout de noir, pantalon en skaï, capuche lui enserrant la tête, lui donnant à la fois l'allure d'un personnage échappé d'un gang de mauvais garçon, mais aussi une certaine animalité, elle qui, par cette danse expressive, prend des allures d'insecte.

 

 Dans cette très belle première partie, les mouvements qu'elle exécute, avec une vitesse et une précision impressionnante, cristallisent cette faculté chez elle à déployer une dynamique irrépressible. Pile électrique, agitée compulsive, Louise Lecavalier présente son corps dans un état de dissociation : les bras et la tête assurant ce déploiement de gestes vifs, vertigineusement saccadés, tandis que les jambes, à demi pliées dans une position inconfortable, sur la pointe des pieds, semblent résister à cette décharge de mouvements. Et au bout de cette dépense inouïe, Louise Lecavalier va s'asseoir auprès de son compère musicien qui lui transmet une bouteille d'eau. Bref intermède qui ajoute une note froidement burlesque, avant que la danseuse ne reparte explorer les recoins de la scène.

 

 Bien sûr, face à ce déploiement dans l'espace d'un corps que rien ne semble pouvoir canaliser, l'arrivée sur scène de Robert Abubo peut décevoir, tant l'écart de virtuosité semble évident. Pourtant, pour cette pièce, inspirée d'Italo Calvino, et qui met face à face un chevalier et son écuyer, cette différence est justifiée. Voir Abubo disparaître sur le côté, à peine arrivé, et réapparaître en rasant littéralement le mur, donne le ton sur ce qu'est la position de celui qui s'exprime dans l'ombre d'une figure pleine. D’où, dans la pièce, une question de transmission qui transparaît : l'élève, dans le sillage de son supérieur, s'emploie à en suivre les traces, quand bien même il n'aurait pas les mêmes capacités.

 

 Quand on voit Louise Lecavalier faire tourner Abubo à plusieurs reprises sur lui-même, on retrouve cette tendance du burlesque où des corps sont pris dans une irrésistible joute, où il s'agit moins de vaincre l'autre que de le porter à aller au-delà de lui-même, en un tourbillon enivrant. C'est ainsi que communiquer à un autre corps son expressivité débordante, y sentir palpiter les effets, c'est aussi la meilleure preuve d'une transmission en acte.

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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